lundi 29 mai 2017    || Inscription
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Aujourd’hui, dans les décors psychédéliques du Yoyo, au Palais de Tokyo, l’ASIP Santé a dressé un bilan de son action et donné une feuille de route pour l‘avenir. DMP, coordination hôpital-medecine de ville, raréfaction des ressources médicales par le départ des médecins à la retraite, et protection des données de santé, prise en charge des dépenses sont autant d’enjeux pour la médecine de demain.  

 

Drôle d’endroit pour une telle rencontre : c’est au mieux décalé comme concept, au pire étrange : les graffitis, le béton et les éclairages au néon cadrent mal avec l’image plus « traditionnelle » de l’ASIP Santé, l’agence gouvernementale dédiée à la protection des systèmes d’information de santé, qui a pourtant du pain sur la planche : entre  le semi-l’échec du DMP (600 000 patients  en ont déclaré un), le développement de la télémédecine, et la réduction des dépenses de santé, les chantiers ne manquent pas.L’ASIP Santé a d’ailleurs profité de sa conférence de presse de ce matin pour présenter un sondage exclusif Ipsos-Asip Santé, d’où il ressort que 86% des médecins spécialistes interrogés déclarent avoir accès au dossier patient informatisé (via tablette ou poste partagé). 

89% des professionnels de santé craignent la perte de confidentialité des données 

La sécurité des données reste une préoccupation constante des médecins : en effet, la perte de confidentialité reste le principal risque associé aux technologies pour 89% des médecins concernés, loin devant l’inégalité d’accès aux soins, ou la déshumanisation de la relation médecin-patient (71%). 

 

Bizarrement, il n’a été que peu question de sécurité des données dans les tables-rondes de la conférence d’aujourd’hui, mais beaucoup, et heureusement, d’exercice de la médecine. Le Professeur Guy Vallancien, urologue, auteur de tout récent « Homo Artificialis, pour un humanisme numérique », publié aux  Editions Michalon en 2017, a dressé un réquisitoire vibrant en dénonçant « le monde de fous » liés aux utopies transhumanistes . « C’est une société qui nous met à poil et nous ne sommes pas faits pour çà », dénonce-t-il, en plaidant avec vigueur pour que le numérique remette à l’honneur « l’art de la consultation, que l’on n’apprend plus dans les écoles de médecine », regrette-t-il. Guy Manou-Mani, vice-président d’Open, souligne de son côté la sous-exploitation de l’industrie numérique de la santé, en pointant du doigt que beaucoup de start-up françaises naissent dans ce domaine… et se font racheter par des puissances étrangères. 

La conclusion a été partiellement donnée par un patient soigné en affection longue durée (ALD) : « j’en ai assez d’expliquer ma pathologie à tous les médecins que je rencontre, j’ai l’impression de passer un entretien d’embauche à chaque fois, je voudrais pouvoir transporter mon dossier avec moi sur une clé USB… » explique-t-il. Entre la nécessaire protection des données de santé et la non moins nécessaire interconnexion de tous les services, dans le but -avoué- de mettre le patient au cœur du processus et peut-être  moins avoué de faire des économies, la route est encore longue pour l’ASIP Santé.