Paris, le 21 octobre 2008.

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L’April a pris connaissance de la version définitive du rapport d’Éric
Besson, secrétaire d’État en charge de l’Économie numérique, intitulé
« France Numérique 2012 » [1]. L’association de promotion et de défense
du Logiciel Libre se félicite d’une meilleure prise en compte du
Logiciel Libre dans ce rapport, mais déplore le flou de certaines
mesures et l’obstination du gouvernement sur les DRM.
À quand une politique publique du Logiciel Libre ?
La version officielle et définitive du plan Besson a été dévoilée
lundi matin à plusieurs ministres et parlementaires, ainsi qu’à de
nombreux représentants des organisations ayant participé aux débats
[2] précédant l’élaboration de ce rapport. Bien que sur les sujets
relatifs au Logiciel Libre, elle soit globalement similaire à la
version de travail que l’April s’était procurée [3], cette version a
le mérite d’inclure un constat sur le potentiel que représente le
logiciel libre pour la compétitivité de la France dans le domaines des
technologies de l’information et de la communication.
« Éric Besson fait le bon constat sur le potentiel du Logiciel Libre en
France, mais n’en tire pas les conséquences pratiques, » explique Tangui
Morlier, administrateur de l’April. « Aucune mesure concrète
n’accompagne ce constat. Le Logiciel Libre ne fait pas partie de la
politique industrielle du gouvernement. » Les mesures qu’Éric Besson
avait initialement proposées [4], à savoir les 20% de logiciels libres
dans les marchés publics et le soutien au mécénat en faveur du logiciel
libre, étaient pourtant une amorce de réponse à cette préoccupation.
L’April note également que la volonté politique du gouvernement envers
le Logiciel Libre s’arrête bien avant les recommandations faites dans
plusieurs rapports parlementaires [5]. Elle est également sans
comparaison avec la volonté affichée par d’autres pays, par exemple le
Brésil [6] ou la Russie. Cette dernière vient en effet de lancer un
projet de distribution libre basée sur le système GNU/Linux. [7]
Quelle interopérabilité pour l’e-administration ?
De la même manière, l’April demeure dans l’expectative vis-à-vis de la
« publication rapide du Référentiel Général d’Interopérabilité ». Le
RGI revêt en effet un caractère capital pour l’interopérabilité entre
les administrations et avec les particuliers. Ce référentiel attend
pourtant sa publication depuis plus de deux ans. [8] « Il est
évident que le RGI ne doit plus attendre pour être appliqué par les
administrations, cependant il faut être particulièrement vigilant sur
la manière dont il sera publié, » avertit Frédéric Couchet, délégué
général de l’April. « Il serait notamment inacceptable que le format
bureautique OOXML s’ajoute (voire se substitue) au format OpenDocument
(ODF). »
En effet, le format bureautique que Microsoft a récemment fait
normaliser [9], OOXML, n’a fait jusqu’ici l’objet d’aucune
implémentation. De plus, sa normalisation par l’ISO a fait l’objet de
nombreux recours, enquêtes et contestations, dont certaines en cours
[10]. L’April avait alors eu l’occasion de dénoncer une procédure
viciée, un format incomplet, ainsi qu’une décision incohérente au
regard des objectifs de normalisation.
Plus largement, l’April s’inquiète de l’évolution de la mise en oeuvre de
l’administration électronique. Elle estime que seuls des logiciels
libres et des standards ouverts sont à même de satisfaire les enjeux de
l’administration électronique : interopérabilité, pérennité des données,
accessibilité à tous sans discrimination, réduction des coûts,
indépendance technologique et maîtrise par les collectivités et les
administrations de leurs systèmes d’information.
L’imposture des DRM interopérables
Enfin, l’April renouvelle son indignation devant l’imposture des « DRM
interopérables » [11] promus par le gouvernement. « L’interopérabilité
des DRM n’existe pas, et quel que soit le système de DRM choisi,
l’utilisateur est toujours captif d’une solution technologique qui lui
est imposée, » rappelle Alix Cazenave, chargée de mission. « Le bilan
de la loi DADVSI était prévu pour février 2008 [12]. Au lieu de
s’obstiner à chercher le mouton à cinq pattes, le gouvernement devrait
le publier et en tirer les conclusions qui s’imposent : les DRM sont
aussi inefficaces que néfastes, et leur protection juridique doit être
abrogée. »
Un engagement contre la vente liée
L’April salue toutefois de nouveau le soutien d’Éric Besson au combat
contre la vente liée, qui conforte l’action de Luc Chatel et de la
DGCCRF. Elle attend cependant davantage de mesures concrètes pour
l’exploitation du potentiel du Logiciel Libre en France. Elle appelle
enfin le gouvernement à reconsidérer ses procédés législatifs pour les
dossiers du numérique. Elle demande notamment un moratoire des lois sur
le numérique, un bilan de la législation existante et l’abrogation des
mesures discriminatoires à l’encontre des auteurs et utilisateurs de
logiciels libres.