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Droit d’accès et comptes à privilèges
Jacques Cheminat / lundi 12 mars 2018 / Catégories: Dossiers

Droit d’accès et comptes à privilèges

Equifax, Deloitte, Uber, les récentes violations de données ont souvent des techniques de piratages différentes, mais un élément commun, obtenir l’accès à des applications critiques comme les bases de données, les bases clients, les informations bancaires. En général ces programmes sont soumis à habilitation et rattachés à des comptes à privilèges. leur protection est donc une nécessité dans un monde de plus en plus ouvert et insécurisé. Dossier publié avec le concours de Kleverware.

La représentation en nuage de points du sujet des droits d’accès et des comptes à privilèges se révèle particulièrement dense. PAM (Privileged Access Management), gouvernance des accès, proxy, serveur de rebond, SSH, RDP, bastion, rotation et coffre-fort des mots de passe, discovery, collecte de logs, chiffrement de bout en bout, sont une liste non exhaustive des termes utilisés. Le sujet est porteur comme le prédit Gartner en estimant qu’en 2020, plus de 40% des PME et grands comptes vont déployer des solutions de PAM pour répondre aux problèmes de sécurité du Cloud.

Pour autant, si ce marché est complexe en se déclinant comme un sous-ensemble de la gestion des identités (IAM), il a évolué avec le temps. Dans une première phase, il se développe autour de la protection des mots de passe des comptes administrateurs et de la technique du coffre-fort, tout en ayant les yeux vers le Cloud. Puis le marché se tourne vers la gestion des accès à travers la technologie du bastion, sorte de boîte noire capable d’enregistrer les sessions, de détecter les comportements anormaux et de s’adapter aux nouvelles exigences comme l’automatisation, l’IA et l’IoT. Enfin, les comptes à privilèges ciblent maintenant les métiers en créant des datarooms, des zones de confiance, dédiées à la direction, les RH ou la finance au sein de l’entreprise.

 

L’ÈRE DU COFFRE-FORT DES MOTS DE PASSE ADMIN

Ce marché est relativement jeune et les anciens réflexes ont encore la vie dure. Selon, une étude menée par Dimensional Resarch pour One Identity, 38% des responsables français utilisent un tableur et 18% gardent les mots de passe des comptes à privilèges sur version papier. La prise de conscience de ces problématiques d’accès a été tardive, se souvient Sébastien Faivre, CTO de Brainwave, spécialiste français de la gouvernance des accès, « elles ont émergé il y a une dizaine d’années, avec les interrogations sur les mots de passe des systèmes Root, le plus haut niveau de privilèges au sein de la DSI et donc un accès à l’ensemble de l’infrastructure de l’organisation ». Ces comptes cristallisent 3 types de menaces : la malveillance interne (un administrateur système mécontent ou un utilisateur un peu trop curieux) ; la malveillance externe (attaque ciblée sur les administrateurs systèmes ou malwares visant les systèmes à privilèges) et l’accident (mauvaise configuration ou erreur de mise à jour).

En 2015, l’ANSSI (Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information) a publié une note de « recommandations relatives à l’administration sécurisée des systèmes d’information ». Elle donne des éléments utiles d’aide à la conception d’architectures sécurisées tout en mettant à la disposition des administrateurs les moyens techniques et organisationnels nécessaires à la réalisation de leurs missions. Les comptes à privilèges y sont abordés.

Bunkeriser les mots de passe

Face à un problème technique, la réponse a été aussi technique avec la création des coffres-forts de mots de passe. Plusieurs acteurs sont présents sur ce marché toujours très dynamique. Le principe général repose sur la centralisation en un seul point, sur site ou dans le Cloud, de la gestion des mots de passe pour les comptes à privilèges. Concrètement, la solution analyse l’ensemble de l’environnement IT pour recenser les comptes à privilèges. « En général, un agent se charge de scanner les annuaires de l’entreprise comme Active Directory sur site ou sur le Cloud Azure, mais aussi des services comme Okta ou G Suite de Google » explique Thibault Behaghel, spécialiste produit EMEA chez LastPass. « Il y a beaucoup de demandes autour des offres Cloud et notre offre permet d’appliquer 70 règles de sécurité », précise le dirigeant. L’agent analyse aussi les clés SSH publiques et privées (OpenSSH, Putty, Tectia, Windows, Linux, etc.). L’administrateur IT peut ensuite décider quels comptes associés aux clés doivent intégrer le coffre-fort. La sécurité des mots de passe s’effectue à travers des algorithmes de chiffrement AES 256 ou RSA 2048. En fonction du degré de sensibilité du compte, l’authentification peut être simple couplant identifiant et mot de passe ou bien forte en intégrant des token, de la biométrie, des serveurs Radius, Google Authenticator ou SAML (Security Assertion Markup Language).

Rotation et révocation des mots de passe

Puis, petit à petit, le coffre-fort a évolué avec des fonctionnalités de rotation et de révocation de mots de passe. Dans le premier cas, le coffre-fort est capable de générer de manière aléatoire des éléments d’authentification. Une fonctionnalité rassurante pour minimiser la menace interne, mais elle facilite également la sécurisation de projets en équipes ayant accès à des données sensibles. Dans un environnement DevOps où plusieurs métiers travaillent à la création et à la production d’applications, il est nécessaire d’accéder et de manipuler des données sensibles comme les bases de données. Affecter des éléments d’authentification pour une durée limitée est donc nécessaire. De même, cette fonctionnalité est utile pour les partenaires et les prestataires qui ont besoin d’accéder à des programmes sensibles.

La révocation des mots de passe sur les comptes à privilèges est essentielle. L’actualité est riche d’affaires mettant en cause d’anciens salariés ayant gardé leurs accès à des applications critiques. Ils peuvent ainsi voler des données, les transmettre à des concurrents ou les vendre sur le marché noir. « Il est donc important de pouvoir supprimer l’ensemble des accès quand un administrateur s’en va. Il faut donc vérifier ses identifiants, connaître les couples (mots de passe, identifiant) de ses accès et les révoquer », poursuit Valérie Husson, channel Sales Mananger France & North Africa de Thycotic, nouvel acteur du PAM, arrivé récemment en France. Une tâche automatisable pour laquelle la direction des ressources humaines peut supprimer les accès dès le départ d’un collaborateur depuis un simple bouton.

 

LE BASTION : LA VIGIE ATTENTIVE ET PRÉDICTIVE

Renforcer la gestion des identités des comptes à privilèges (PIM, pour Privileged Identity Management) sur certains éléments du SI est important, mais les responsables IT réclamaient des solutions de traçabilité des sessions des comptes à haut pouvoir.

Le surveillant en chef des sessions à privilèges

D’où l’idée du PAM et plus particulièrement du concept de bastion. « Le bastion s’apparente à la vidéosurveillance dans un appartement », résume Julien Cassignol, ingénieur avant-vente et responsable de l’activité France pour Balabit. Si la partie coffre-fort s’inquiète des identités et intègre le PAM, le bastion s’intéresse aux couches les plus basses de l’IT, « Nous analysons les flux basés sur différents protocoles : RDP (Remote Desktop Protocol), Telnet, Citrix, VNC et SSH » explique Serge Adda, CTO de Wallix, le champion français du bastion. Dans certains cas, des demandes d’analyses de protocoles spécifiques sont réclamées comme dans le cadre des systèmes industriels et les automates SCADA en particulier. « Certains protocoles sont plus complexes que d’autres, comme par exemple les demandes SQL, il y a autant de parfums que les glaces chez Berthillon », constate avec humour Julien Cassignol.

Sur le plan technique, les PAM du marché s'appuient sur des serveurs proxy et des serveurs de rebond pour scruter les flux des tâches. Concrètement, une connexion par rebond consiste à passer par une machine intermédiaire lors d’une connexion entre deux machines, PC ou serveurs, via les protocoles cités précédemment. Cette technique sécurise l’accès aux applications en déléguant l’injection des mots de passe au serveur proxy pour masquer les identifiants.

Mais ces serveurs savent aussi enregistrer les flux. Ils sont capables de rejouer une session en vidéo au format MPEG4 compressé. « 1 h de vidéo correspond à une taille de 20 Mo », assure Valérie Husson de Thycotic en mettant en avant l’offre Secret Server. Elle ajoute : « l’enregistrement se fait en direct et a un intérêt historique pour savoir ce que l’administrateur a fait ou a essayé de supprimer ».

 

Les yeux doux au DevOps et à l’IA

Forts de la traçabilité en vidéo, les bastions récoltent dans le même temps beaucoup de métadonnées. Une mine d’informations à valoriser via des solutions analytiques et de machine learning. Ces efforts aboutissent à l’émergence de solutions d’UBA (User Behavior Analytics), l’analyse comportementale des utilisateurs. « Nous allons maintenant vers l’expérience utilisateur. A travers cette vidéosurveillance, nous collectons énormément d’informations sur ce qui se passe et s’est passé », précise Serge Adda de Wallix.

Pour Balabit, le machine learning permet d’apprendre et de connaître le comportement des détenteurs d’accès aux comptes sensibles. Julien Cassignol le reconnaît, « le machine learning apprend les habitudes de comportement des administrateurs, il est ainsi capable de déterminer les moindres différences comme la façon de frapper sur un clavier, la répétition de commandes peu ou pas utilisées ». Du côté de Wallix, la partie analytique facilite la création de scénarii, « les gens ont des comportements récurrents et répétitifs sur les applicatifs, si une attitude ne correspond pas, il peut y avoir une alerte ».

Car l’objectif de cette analyse comportementale est double, à la fois pour la prévention et dans le cadre d’une enquête. Les bastions sont paramétrés pour lancer des alertes en cas de comportement anormal, voire bloquer immédiatement le compte, si le risque est important. La priorité est le Cloud et l’accompagnement du DevOps. CyberArk est clairement dans cette voie. « Aujourd’hui, les comptes à privilèges ne sont plus nécessairement le fait des humains, mais des robots comme les solutions d’orchestration ou les générateurs de scripts », explique Jean-Christophe Vitu, Pre-Sales Director West & South Europe de CyberArk. Et l’histoire pourrait bien lui donner raison, le vol de données d’Uber est à l’origine un accès à des identifiants AWS codés en dur dans un référentiel privé sur GitHub. Le spécialiste du PAM a donc sorti une offre dédiée, Conjur, pour cibler cette population et cette méthode de travail nécessitant rapidité et agilité.

 

GOUVERNANCE DES ACCÈS ET DATAROOM, AU-DELÀ DU BASTION

Si les deux éléments centraux dans le droit d’accès et la gestion des comptes à privilèges sont le coffre-fort et le bastion, il ne faut pas oublier des solutions complémentaires : la gouvernance des accès et les datarooms. La gouvernance des données s’interroge sur le cycle de vie de la donnée, alors que la notion de dataroom étend la notion de zone de confiance et d’habilitation, réservée à l’IT en général et en particulier aux sysadmins, aux dirigeants et aux responsables métiers (RH, marketing ou finances).

La gouvernance des accès, une tour de contrôle pour les PAM

« Les outils de PAM configurent le coffre-fort de mots de passe et les droits d’accès, mais ils n’englobent pas le cycle de vie des accès. Il faut croiser les logs des PAM avec d’autres bases de données comme celles des RH par exemple », confie Sébastien Faivre de Brainwave. Le concept de gouvernance des accès emprunte à la gestion des risques sur le SI et à l’audit. Il donne à un ensemble d’acteurs légitimes la possibilité de suivre l’évolution des identités et des accès des utilisateurs au sein du SI et d’en contrôler la conformité et de répondre aux questions « qui a le droit à quoi, comment et pourquoi. Le contrôle a posteriori, la réconciliation des comptes », poursuit le dirigeant.

Pour mener à bien cet audit, il est nécessaire de réaliser une cartographie. « Nous extrayons des données du SI de manière très granulaire, allant du référentiel RH, l’accès des partenaires, les bases de données, les annuaires (Active Directory, LDAP). Au final, nous dressons un inventaire des droits d’accès », explique Arnaud Fléchard, CTO de Kleverware, également spécialiste français de la gouvernance des accès. Il ajoute, « ce travail donne une vue des droits à pouvoir ou sensibles et facilite la ségrégation des tâches afin d’assurer une véritable séparation des tâches ». Les offres d’IAG (Identity and Access Governance) sont des tours de contrôle et s’imposent en complément de solutions de PAM ou d’IAM.

 

Les Dataroom blindent les données à privilèges

Les comptes à privilèges ne sont plus l’apanage des seuls administrateurs. Le Cloud, la mobilité et même les médias sociaux rebattent les cartes de la gestion d’accès. La direction d’une entreprise, les directeurs financiers, ressources humaines disposent d’accès spécifiques à des ressources sensibles. Mais la protection ne doit pas porter uniquement sur les accès, mais aussi sur le contenu. D’où la création des datarooms, des espaces sécurisés autorisant le partage de documents sensibles. Une offre qui s’adresse spécifiquement aux comités exécutifs des entreprises, manipulant des informations stratégiques (budget, fusions-acquisitions, plan de recrutement ou de licenciement, etc.). La sécurité est assurée depuis le poste de travail « avec une connexion TLS 1.2 entre les serveurs, le passage d’un antivirus sur l’objet transféré plus un chiffrement en AES 256 spécifique et un enregistrement sur disque », assure Alexis Boissinot, responsable de Brainloop France. Pas d’inquiétudes de voir la DSI disposer d’un accès privilégié aux documents, « les gens de l’IT et de la sécurité gèrent l’accès à la porte d’entrée des datarooms, mais pas aux contenus », soutient le dirigeant. Les services en mode SaaS comme Office 365 ou Salesforce sont gérés via des API, « avec un simple glisser-déposer » des objets dans la dataroom.

Les acteurs du marché des droits d’accès et comptes à privilèges

IAM (Identity Access Management) Ilex, Gemalto, GlobalSign, Okta, IBM, AWS, Google 
Coffre-fort de mots de passe Lastpass, Dashlane, Keepass
PIM (Privileged Identity Management) IBM, CyberArk, Balabit, Centrify, CA Technologies
PAM (Privileged Access Management) Wallix, CyberArk, Balabit, Thycotic, CA Technologies, Bomgar
Gouvernance des accès Brainwave, Kleverware, One Identity, Sailpoint
Dataroom Brainloop, Drooms, OOdrive, Intralinks

 

Dossier publié sur le site mag-securs.com avec le concours de Kleverware.


Infos partenaire

Kleverware, éditeur français, est un précurseur depuis 2005 dans le domaine du contrôle des identités et des accès. Avec ses innovations brevetées et la reconnaissance du marché par l’obtention de labels (France Cybersecurity, Bpifrance Excellence…), Kleverware prouve la robustesse de ses solutions, qui sont utilisées par des grands noms depuis des années pour auditer des centaines de milliers de droits tous les jours.

Les solutions de Kleverware sont flexibles et efficientes, que ce soit pour :

  • Les opérationnels de la sécurité, pour savoir rapidement quels sont les droits qui sont réellement donnés aux collaborateurs (cartographie exhaustive) au regard de leur fonction (SOD).
  • Les correspondants Métier, pour leur simplifier les revues de droits et leur offrir un gain de temps sur des taches qui ne sont pas obligatoirement bien comprises (ROI).
  • Vos auditeurs (CAC, Contrôle Interne) à qui vous démontrez que non seulement vous répondez aux préconisations, mais auxquels vous donnerez le reporting idoine.

Les solutions de Kleverware :

Kleverware IAG « Quick Start »

Cette solution ne nécessite pas d’infrastructure, un poste ou une VM suffit. Simple d’installation, elle est efficiente pour l’analyse et le contrôle, cela même pour des milliers d’identités grâce à sa technologie brevetée. Kleverware IAG « Quick Start » vous donne très rapidement des premiers indicateurs (SoD, Comptes dormants, orphelins…) pour une bonne gouvernance de vos identités et de leurs accès. Vous pouvez l’utiliser pour une cartographie exhaustive des droits, établir des tableaux de bord, vérifier que votre PSSI est respectée…

Kleverware IAG « Enterprise »

En complément de tous les avantages la version stand alone, vous bénéficiez d’une solution faite pour vos collaborateurs en charge de la revue des droits et ce au plus près des métiers. Avec ses interfaces intuitives pour les différents rôles (Managers de campagnes, approbateurs…), Kleverware IAG « Enterprise » simplifie grandement le travail qui leur est demandé. Vos collaborateurs vous remercieront d’avoir évolué vers une solution robuste, flexible et reconnue par des entreprises depuis plusieurs années.

 

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Jean-Christophe Monnard, professeur de Physique, propose quelques axes de réflexion pour se protéger des malwares. Radicalement à l´opposé du discours des éditeurs de logiciels, il prêche pour une informatique hétérogène, basée sur une multitude de produits libres pour s´assurer que les attaques feront le moins de dégâts possibles.

Les fournisseurs de solutions commerciales mettent en général en avant la complexité d´une telle approche par le besoin de compétences plus nombreuses et le poids de la maintenance interne d´un tel système. Jean-Christophe Monnard ne s´en inquiète pas et propose une plaidoirie mettant en avant de nombreux arguments en faveur de l´open-source diversifié et hétérogène : transparence, sécurité, indépendance et absence de codes génériques contre l´ensemble des logiciels libres.


Un site modifié

Un informaticien a fait un site Internet. Il souhaite regarder l´aspect de son site sous Internet Explorer. Après avoir démarré son ordinateur sous XP, il examine son site et, surpris, voit apparaître des liens, qu´il n´avait jamais installés, vers une page de publicité pour système de base de donnée propriétaire très connu. Comble d´ironie, notre développeur est un fervent amateur de logiciels libres.

Il relance sa machine sous Linux, et là, le site est de nouveau comme il l´avait écrit ! La version d´Internet Explorer qu´il avait installé sur sa machine était infectée par un code malicieux. Un logiciel anti-spam lui permet de l´éradiquer.

L´infection était bénigne. Il s´agissait juste de faire de la publicité. L´infection était évitable en utilisant un autre navigateur, même en conservant le système d´exploitation de Microsoft : par exemple, en utilisant Firefox.

Un réseau scolaire

Dans un collège où deux ordinateurs neufs viennent d´être installés avec Windows XP, les enseignants surfent sur Internet avec Internet Explorer. Le responsable informatique, un simple enseignant bénévole, venait d´installer un antivirus, et ces ordinateurs sont connectés à Internet par le réseau de l´établissement, comportant un pare-feu. Pour gérer les notes des élèves, un logiciel spécial a été acheté. Malheureusement, celui ci ne gère pas les droits administrateur. Toutes les machines sont donc en mode administrateur1. Toute personne, mais aussi tout programme a accès à toutes les ressources de la machine. Cette pratique va à l´encontre de toute sécurité.

Par ailleurs, ce logiciel de note contient en clair toutes les adresses personnelles des élèves. Et, après quelques jours de fonctionnement, virus et spywares apparaissent malgré des mises à jours réguliers de l´antivirus. Certains d´entre eux ouvrent des ports, des portes dérobées (backdoors), mettant « à nu » les deux machines sous XP, mais aussi une partie du réseau administratif.
On se retrouve devant un cas fréquent d´absence de véritable responsable de la sécurité, et de choix de logiciels sans souci de sécurité. Les données personnelles sont susceptibles d´êtres envoyées à l´extérieur. Par la suite les infections deviennent fréquentes, le système étant manifestement repéré et fragilisé.

Quelles leçons en déduire ?

Les logiciels malveillants doivent être légers tout en contenant les fonctions ftp et smtp ou des mécanismes équivalents. Ils ne peuvent donc contenir de multiples autres fonctions pour s´adapter à des configurations différentes, et encore moins à des systèmes différents.

On distingue deux types de spywares : le « sur mesure » et le « prêt à porter ».

Le « sur mesure » est spécialement conçu pour un système donné, il est probablement réalisé par un professionnel.

Le « prêt à porter » est fait pour la grande diffusion. Il infecte l´ordinateur de « Monsieur ou Madame tout le monde », pour voler des informations à des fins commerciales, voire changer le comportement du navigateur. Un réseau d´entreprise peut néanmoins en être affecté. Malgré le déploiement d´outils de sécurité, pare-feu, antivirus, etc., le risque de contamination par un ordinateur personnel, ou une clé USB, n´est pas nul. Sans oublier aussi les installations de logiciels suspects réalisées de façon plus où moins anarchique.

Par souci de légèreté, les spywares sont donc généralement adaptés au trinôme MS Windows, Internet Explorer et Outlook. Les failles de ce trinôme sont bien connues. Et si des correctifs sont été publiés, ils ne sont pas systématiquement appliqués.

Ne pas mettre tous ses ?ufs dans un même panier

Pour rendre les installations intrinsèquement moins fragiles aux codes malveillants, les logiciels de protection et de décontamination sont utiles, mais peuvent aussi êtres contournés. Ils peuvent laisser passer des codes malveillants ou devenir à leur tour source d´infection. Un premier principe est donc de profiter de la "techno-diversité" qui nous est offerte actuellement. Il existe d´autres systèmes que Windows, d´autres navigateurs que Internet Explorer, etc.

Un code malveillant conçu pour la configuration la plus répandue ne fonctionnera pas sur une autre architecture. On peut donc varier sa population d´OS et d´applications, et au passage éviter d´avoir les logiciels les moins résistants.

Plusieurs distributions de GNU/linux sont actuellement mûres pour les applications bureautique, et l´échange de données. Mandriva (ex-Mandrake), Novell-Suse, ou Ubuntu sont aussi faciles à installer et à configurer que Windows.

Bien sûr, un administrateur réseau cherchera à mettre des configurations similaires sur tous ses postes pour se faciliter la tâche, et ne pas dérouter ses utilisateurs. Il craindra aussi la difficulté d´apprendre à exploiter plusieurs systèmes. Mais les désinfections, les réinstallations des postes compromis génèrent également une perte importante de temps. Les pertes de données, ou leur compromission ont un coût réel.

L´adaptation d´un système à l´autre est facilitée parce que beaucoup de notions sont communes à tous les systèmes. L´apprentissage d´un minimum de GNU / Linux, par exemple, permet de mieux comprendre certains paramétrages de Windows.

La « Techno-diversité »

Aucun système d´exploitation, ni aucune application n´est à l´abri d´une faille de sécurité. Même OpenBSD, Unix libre conçu de manière scrupuleuse, à la limite de la paranoïa, peut avoir une faille.

Un réseau ayant un serveur de courrier sera sous NetBSD, le routeur-par-feu sous OpenBSD, le serveur de fichier sous Mandriva ou Red-Hat, les postes utilisateurs équipés de Mandriva, Suse, Mac OS, et de Windows un peu reconfigurés aurait évidement plus de chances de survivre qu´un système totalement homogène, monoculture.

L´apparition du format de documents standard et les capacités de suites libres, comme Open office et koffice, à gérer les formats de MS-Office permettent l´échange de documents.

Il est conseillé de varier les systèmes et les applications. Les besoins sont d´échanger du courrier électronique, de faire du traitement de texte, pas d´utiliser obligatoirement Outlook, Thunderbird, ou MS-Word, StarOfficewriter.

Ainsi même un éventuel spyware adapté à une distribution de GNU/Linux qui cherchera à extraire le carnet d´adresse de kmail ne saura que faire de celui d´évolution des logiciels de courrier électronique Thunderbird ou Sylpheed.

La formation

Une telle solution est elle difficile à mette en oeuvre par l´administrateur et ses utilisateurs ?

Il ne s´agit pas de tout recoder. Les attaques sont le fruit d´une intelligence humaine, qui profite des défauts d´autres humains, plus que des systèmes. La formation permanente de l´administrateur système comme des usagers est donc la base de la sécurité informatique. Cette formation n´est pas forcément contraignante. Le passage à KDE ou GNOME (interfaces graphiques de linux ou des BSD) n´est pas plus difficile que le passage d´une version de Windows à une autre. Beaucoup d´informations sont disponibles sur le net, dans des livres, etc. De nombreuses entreprises proposent aujourd´hui des formations ou des services de maintenance et de sécurité.
Il est possible de réaliser ces formations en interne. Chaque employé peut avoir une expérience à partager. Les logiciels libres se sont construits sur la mutualisation des ressources. Leur documentation fonctionne encore sur ce principe.

Mises à jours système

La sécurité d´un système et d´un parc de machines tient aux mises à jours. Cette démarche est aussi vraie pour les systèmes libres apparentés aux Unix comme GNU/Linux ou les BSD pour lesquels les utilisateurs n´ont pas de logiciels anti-virus. Il est en effet difficile de :

- obtenir une base complète de signature d´attaques,
- avoir une base à jour des derniers virus,
- ne pas perdre de temps de calcul pour l´examen de chaque fichier,
- maîtriser les coûts.

Il est préférable de se demander pourquoi le virus est passé? Quelle faille a-t-il, éventuellement, utilisé ? Et surtout il est préférable de corriger la faille en question. Cela passe soit par des précautions d´utilisation, de paramétrage, soit par des mises à jours des rustines, ou patches, à appliquer au système.
Cela veut dire se tenir au courant des failles, des vulnérabilités, et des correctifs publiés, sur les forums, les listes, ou les sites des logiciels.

Si le réseau, ou le parc de machine contient trop de systèmes opérationnels différents, de logiciels d´applications différents cela peut être plus difficile. La veille technologique n´est pas facilitée.
Il y a donc un équilibre à trouver entre « techno-diversité » et facilité des mises à jours.
Cet équilibre passe par deux principes simples :

- technodiversité par rapport à l´extérieur. Ne pas faire comme tout le monde au même moment. Ne pas être « esclave de la mode ».
- équilibre intérieur. Il faut trouver un équilibre entre le supplément de travail du à l´usage de plusieurs technologies, et le gain en temps et en sécurité.
Le simple bon sens dit par exemple qu´il faut éviter d´avoir un seul système pour les sauvegardes et le serveur de fichiers. Une bonne échelle est d´avoir 2 ou 3 OS différents, et autant de navigateurs, et de logiciels de courrier puisque c´est souvent par ces logiciels que l´on récupère les codes malveillants.

Exemple 1 :

- Routeur - pare feu en BSD (OpenBSD, NetBSD)
- Serveur de fichiers sous GNU/Linux Debian, une machine pour les sauvegardes sous Mandriva avec un contrat de maintenance pour les mises à jours, et des postes de travail sous macOS ou stations de travail SUN.

Exemple 2 :

- Serveur Red Hat et postes de travail sous Windows, mais équipé de Mozilla, StarOffice et même de l´interface graphique libre personalisable au design de l´entreprise Litestep, plus une machine Bull pour les sauvegardes.

Une politique de transparence
Non seulement les codes sources des logiciels libres sont publiés, mais aussi les failles dès qu´elles sont découvertes. On peut être surpris de ce manque apparent de protection. La publication permet à de nombreux contributeurs de travailler à la correction de la faille. En général, les patches et les mises à jours sont rapidement publiés. Le délai est de 2 à 4 jours. Des solutions de sécurité par paramétrage, ou de contournement, le sont encore plus vite. Le nombre de publications de failles est élevé, mais beaucoup de ces failles ne sont pas facilement exploitables et demandent un savoir faire et des circonstances particulières.
Cacher les failles ne sert pas les utilisateurs honnêtes. Les pirates informatiques ne se soucient des lois que pour les contourner et se communiqueront rapidement entre eux les failles et la manière de les exploiter.
La transparence des logiciels libres permet d´aller aussi vite qu´eux.

Une philosophie différente dans la conception des systèmes

Cette transparence permet de ne pas utiliser une base de registre centralisée et obscure. Chaque logiciel utilise un fichier de configuration en mode texte, explicite, modifiable avec n´importe quel éditeur, si on a les droits pour le faire. Les informations pour modifier, si besoin est, ces fichiers de configuration sont publiques et très souvent traduites en français. On sait donc plus facilement ce que fait la machine, et on est plus à même de la piloter.