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Droit d’accès et comptes à privilèges
Jacques Cheminat / lundi 12 mars 2018 / Catégories: Dossiers

Droit d’accès et comptes à privilèges

Equifax, Deloitte, Uber, les récentes violations de données ont souvent des techniques de piratages différentes, mais un élément commun, obtenir l’accès à des applications critiques comme les bases de données, les bases clients, les informations bancaires. En général ces programmes sont soumis à habilitation et rattachés à des comptes à privilèges. leur protection est donc une nécessité dans un monde de plus en plus ouvert et insécurisé. Dossier publié avec le concours de Kleverware.

La représentation en nuage de points du sujet des droits d’accès et des comptes à privilèges se révèle particulièrement dense. PAM (Privileged Access Management), gouvernance des accès, proxy, serveur de rebond, SSH, RDP, bastion, rotation et coffre-fort des mots de passe, discovery, collecte de logs, chiffrement de bout en bout, sont une liste non exhaustive des termes utilisés. Le sujet est porteur comme le prédit Gartner en estimant qu’en 2020, plus de 40% des PME et grands comptes vont déployer des solutions de PAM pour répondre aux problèmes de sécurité du Cloud.

Pour autant, si ce marché est complexe en se déclinant comme un sous-ensemble de la gestion des identités (IAM), il a évolué avec le temps. Dans une première phase, il se développe autour de la protection des mots de passe des comptes administrateurs et de la technique du coffre-fort, tout en ayant les yeux vers le Cloud. Puis le marché se tourne vers la gestion des accès à travers la technologie du bastion, sorte de boîte noire capable d’enregistrer les sessions, de détecter les comportements anormaux et de s’adapter aux nouvelles exigences comme l’automatisation, l’IA et l’IoT. Enfin, les comptes à privilèges ciblent maintenant les métiers en créant des datarooms, des zones de confiance, dédiées à la direction, les RH ou la finance au sein de l’entreprise.

 

L’ÈRE DU COFFRE-FORT DES MOTS DE PASSE ADMIN

Ce marché est relativement jeune et les anciens réflexes ont encore la vie dure. Selon, une étude menée par Dimensional Resarch pour One Identity, 38% des responsables français utilisent un tableur et 18% gardent les mots de passe des comptes à privilèges sur version papier. La prise de conscience de ces problématiques d’accès a été tardive, se souvient Sébastien Faivre, CTO de Brainwave, spécialiste français de la gouvernance des accès, « elles ont émergé il y a une dizaine d’années, avec les interrogations sur les mots de passe des systèmes Root, le plus haut niveau de privilèges au sein de la DSI et donc un accès à l’ensemble de l’infrastructure de l’organisation ». Ces comptes cristallisent 3 types de menaces : la malveillance interne (un administrateur système mécontent ou un utilisateur un peu trop curieux) ; la malveillance externe (attaque ciblée sur les administrateurs systèmes ou malwares visant les systèmes à privilèges) et l’accident (mauvaise configuration ou erreur de mise à jour).

En 2015, l’ANSSI (Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information) a publié une note de « recommandations relatives à l’administration sécurisée des systèmes d’information ». Elle donne des éléments utiles d’aide à la conception d’architectures sécurisées tout en mettant à la disposition des administrateurs les moyens techniques et organisationnels nécessaires à la réalisation de leurs missions. Les comptes à privilèges y sont abordés.

Bunkeriser les mots de passe

Face à un problème technique, la réponse a été aussi technique avec la création des coffres-forts de mots de passe. Plusieurs acteurs sont présents sur ce marché toujours très dynamique. Le principe général repose sur la centralisation en un seul point, sur site ou dans le Cloud, de la gestion des mots de passe pour les comptes à privilèges. Concrètement, la solution analyse l’ensemble de l’environnement IT pour recenser les comptes à privilèges. « En général, un agent se charge de scanner les annuaires de l’entreprise comme Active Directory sur site ou sur le Cloud Azure, mais aussi des services comme Okta ou G Suite de Google » explique Thibault Behaghel, spécialiste produit EMEA chez LastPass. « Il y a beaucoup de demandes autour des offres Cloud et notre offre permet d’appliquer 70 règles de sécurité », précise le dirigeant. L’agent analyse aussi les clés SSH publiques et privées (OpenSSH, Putty, Tectia, Windows, Linux, etc.). L’administrateur IT peut ensuite décider quels comptes associés aux clés doivent intégrer le coffre-fort. La sécurité des mots de passe s’effectue à travers des algorithmes de chiffrement AES 256 ou RSA 2048. En fonction du degré de sensibilité du compte, l’authentification peut être simple couplant identifiant et mot de passe ou bien forte en intégrant des token, de la biométrie, des serveurs Radius, Google Authenticator ou SAML (Security Assertion Markup Language).

Rotation et révocation des mots de passe

Puis, petit à petit, le coffre-fort a évolué avec des fonctionnalités de rotation et de révocation de mots de passe. Dans le premier cas, le coffre-fort est capable de générer de manière aléatoire des éléments d’authentification. Une fonctionnalité rassurante pour minimiser la menace interne, mais elle facilite également la sécurisation de projets en équipes ayant accès à des données sensibles. Dans un environnement DevOps où plusieurs métiers travaillent à la création et à la production d’applications, il est nécessaire d’accéder et de manipuler des données sensibles comme les bases de données. Affecter des éléments d’authentification pour une durée limitée est donc nécessaire. De même, cette fonctionnalité est utile pour les partenaires et les prestataires qui ont besoin d’accéder à des programmes sensibles.

La révocation des mots de passe sur les comptes à privilèges est essentielle. L’actualité est riche d’affaires mettant en cause d’anciens salariés ayant gardé leurs accès à des applications critiques. Ils peuvent ainsi voler des données, les transmettre à des concurrents ou les vendre sur le marché noir. « Il est donc important de pouvoir supprimer l’ensemble des accès quand un administrateur s’en va. Il faut donc vérifier ses identifiants, connaître les couples (mots de passe, identifiant) de ses accès et les révoquer », poursuit Valérie Husson, channel Sales Mananger France & North Africa de Thycotic, nouvel acteur du PAM, arrivé récemment en France. Une tâche automatisable pour laquelle la direction des ressources humaines peut supprimer les accès dès le départ d’un collaborateur depuis un simple bouton.

 

LE BASTION : LA VIGIE ATTENTIVE ET PRÉDICTIVE

Renforcer la gestion des identités des comptes à privilèges (PIM, pour Privileged Identity Management) sur certains éléments du SI est important, mais les responsables IT réclamaient des solutions de traçabilité des sessions des comptes à haut pouvoir.

Le surveillant en chef des sessions à privilèges

D’où l’idée du PAM et plus particulièrement du concept de bastion. « Le bastion s’apparente à la vidéosurveillance dans un appartement », résume Julien Cassignol, ingénieur avant-vente et responsable de l’activité France pour Balabit. Si la partie coffre-fort s’inquiète des identités et intègre le PAM, le bastion s’intéresse aux couches les plus basses de l’IT, « Nous analysons les flux basés sur différents protocoles : RDP (Remote Desktop Protocol), Telnet, Citrix, VNC et SSH » explique Serge Adda, CTO de Wallix, le champion français du bastion. Dans certains cas, des demandes d’analyses de protocoles spécifiques sont réclamées comme dans le cadre des systèmes industriels et les automates SCADA en particulier. « Certains protocoles sont plus complexes que d’autres, comme par exemple les demandes SQL, il y a autant de parfums que les glaces chez Berthillon », constate avec humour Julien Cassignol.

Sur le plan technique, les PAM du marché s'appuient sur des serveurs proxy et des serveurs de rebond pour scruter les flux des tâches. Concrètement, une connexion par rebond consiste à passer par une machine intermédiaire lors d’une connexion entre deux machines, PC ou serveurs, via les protocoles cités précédemment. Cette technique sécurise l’accès aux applications en déléguant l’injection des mots de passe au serveur proxy pour masquer les identifiants.

Mais ces serveurs savent aussi enregistrer les flux. Ils sont capables de rejouer une session en vidéo au format MPEG4 compressé. « 1 h de vidéo correspond à une taille de 20 Mo », assure Valérie Husson de Thycotic en mettant en avant l’offre Secret Server. Elle ajoute : « l’enregistrement se fait en direct et a un intérêt historique pour savoir ce que l’administrateur a fait ou a essayé de supprimer ».

 

Les yeux doux au DevOps et à l’IA

Forts de la traçabilité en vidéo, les bastions récoltent dans le même temps beaucoup de métadonnées. Une mine d’informations à valoriser via des solutions analytiques et de machine learning. Ces efforts aboutissent à l’émergence de solutions d’UBA (User Behavior Analytics), l’analyse comportementale des utilisateurs. « Nous allons maintenant vers l’expérience utilisateur. A travers cette vidéosurveillance, nous collectons énormément d’informations sur ce qui se passe et s’est passé », précise Serge Adda de Wallix.

Pour Balabit, le machine learning permet d’apprendre et de connaître le comportement des détenteurs d’accès aux comptes sensibles. Julien Cassignol le reconnaît, « le machine learning apprend les habitudes de comportement des administrateurs, il est ainsi capable de déterminer les moindres différences comme la façon de frapper sur un clavier, la répétition de commandes peu ou pas utilisées ». Du côté de Wallix, la partie analytique facilite la création de scénarii, « les gens ont des comportements récurrents et répétitifs sur les applicatifs, si une attitude ne correspond pas, il peut y avoir une alerte ».

Car l’objectif de cette analyse comportementale est double, à la fois pour la prévention et dans le cadre d’une enquête. Les bastions sont paramétrés pour lancer des alertes en cas de comportement anormal, voire bloquer immédiatement le compte, si le risque est important. La priorité est le Cloud et l’accompagnement du DevOps. CyberArk est clairement dans cette voie. « Aujourd’hui, les comptes à privilèges ne sont plus nécessairement le fait des humains, mais des robots comme les solutions d’orchestration ou les générateurs de scripts », explique Jean-Christophe Vitu, Pre-Sales Director West & South Europe de CyberArk. Et l’histoire pourrait bien lui donner raison, le vol de données d’Uber est à l’origine un accès à des identifiants AWS codés en dur dans un référentiel privé sur GitHub. Le spécialiste du PAM a donc sorti une offre dédiée, Conjur, pour cibler cette population et cette méthode de travail nécessitant rapidité et agilité.

 

GOUVERNANCE DES ACCÈS ET DATAROOM, AU-DELÀ DU BASTION

Si les deux éléments centraux dans le droit d’accès et la gestion des comptes à privilèges sont le coffre-fort et le bastion, il ne faut pas oublier des solutions complémentaires : la gouvernance des accès et les datarooms. La gouvernance des données s’interroge sur le cycle de vie de la donnée, alors que la notion de dataroom étend la notion de zone de confiance et d’habilitation, réservée à l’IT en général et en particulier aux sysadmins, aux dirigeants et aux responsables métiers (RH, marketing ou finances).

La gouvernance des accès, une tour de contrôle pour les PAM

« Les outils de PAM configurent le coffre-fort de mots de passe et les droits d’accès, mais ils n’englobent pas le cycle de vie des accès. Il faut croiser les logs des PAM avec d’autres bases de données comme celles des RH par exemple », confie Sébastien Faivre de Brainwave. Le concept de gouvernance des accès emprunte à la gestion des risques sur le SI et à l’audit. Il donne à un ensemble d’acteurs légitimes la possibilité de suivre l’évolution des identités et des accès des utilisateurs au sein du SI et d’en contrôler la conformité et de répondre aux questions « qui a le droit à quoi, comment et pourquoi. Le contrôle a posteriori, la réconciliation des comptes », poursuit le dirigeant.

Pour mener à bien cet audit, il est nécessaire de réaliser une cartographie. « Nous extrayons des données du SI de manière très granulaire, allant du référentiel RH, l’accès des partenaires, les bases de données, les annuaires (Active Directory, LDAP). Au final, nous dressons un inventaire des droits d’accès », explique Arnaud Fléchard, CTO de Kleverware, également spécialiste français de la gouvernance des accès. Il ajoute, « ce travail donne une vue des droits à pouvoir ou sensibles et facilite la ségrégation des tâches afin d’assurer une véritable séparation des tâches ». Les offres d’IAG (Identity and Access Governance) sont des tours de contrôle et s’imposent en complément de solutions de PAM ou d’IAM.

 

Les Dataroom blindent les données à privilèges

Les comptes à privilèges ne sont plus l’apanage des seuls administrateurs. Le Cloud, la mobilité et même les médias sociaux rebattent les cartes de la gestion d’accès. La direction d’une entreprise, les directeurs financiers, ressources humaines disposent d’accès spécifiques à des ressources sensibles. Mais la protection ne doit pas porter uniquement sur les accès, mais aussi sur le contenu. D’où la création des datarooms, des espaces sécurisés autorisant le partage de documents sensibles. Une offre qui s’adresse spécifiquement aux comités exécutifs des entreprises, manipulant des informations stratégiques (budget, fusions-acquisitions, plan de recrutement ou de licenciement, etc.). La sécurité est assurée depuis le poste de travail « avec une connexion TLS 1.2 entre les serveurs, le passage d’un antivirus sur l’objet transféré plus un chiffrement en AES 256 spécifique et un enregistrement sur disque », assure Alexis Boissinot, responsable de Brainloop France. Pas d’inquiétudes de voir la DSI disposer d’un accès privilégié aux documents, « les gens de l’IT et de la sécurité gèrent l’accès à la porte d’entrée des datarooms, mais pas aux contenus », soutient le dirigeant. Les services en mode SaaS comme Office 365 ou Salesforce sont gérés via des API, « avec un simple glisser-déposer » des objets dans la dataroom.

Les acteurs du marché des droits d’accès et comptes à privilèges

IAM (Identity Access Management) Ilex, Gemalto, GlobalSign, Okta, IBM, AWS, Google 
Coffre-fort de mots de passe Lastpass, Dashlane, Keepass
PIM (Privileged Identity Management) IBM, CyberArk, Balabit, Centrify, CA Technologies
PAM (Privileged Access Management) Wallix, CyberArk, Balabit, Thycotic, CA Technologies, Bomgar
Gouvernance des accès Brainwave, Kleverware, One Identity, Sailpoint
Dataroom Brainloop, Drooms, OOdrive, Intralinks

 

Dossier publié sur le site mag-securs.com avec le concours de Kleverware.


Infos partenaire

Kleverware, éditeur français, est un précurseur depuis 2005 dans le domaine du contrôle des identités et des accès. Avec ses innovations brevetées et la reconnaissance du marché par l’obtention de labels (France Cybersecurity, Bpifrance Excellence…), Kleverware prouve la robustesse de ses solutions, qui sont utilisées par des grands noms depuis des années pour auditer des centaines de milliers de droits tous les jours.

Les solutions de Kleverware sont flexibles et efficientes, que ce soit pour :

  • Les opérationnels de la sécurité, pour savoir rapidement quels sont les droits qui sont réellement donnés aux collaborateurs (cartographie exhaustive) au regard de leur fonction (SOD).
  • Les correspondants Métier, pour leur simplifier les revues de droits et leur offrir un gain de temps sur des taches qui ne sont pas obligatoirement bien comprises (ROI).
  • Vos auditeurs (CAC, Contrôle Interne) à qui vous démontrez que non seulement vous répondez aux préconisations, mais auxquels vous donnerez le reporting idoine.

Les solutions de Kleverware :

Kleverware IAG « Quick Start »

Cette solution ne nécessite pas d’infrastructure, un poste ou une VM suffit. Simple d’installation, elle est efficiente pour l’analyse et le contrôle, cela même pour des milliers d’identités grâce à sa technologie brevetée. Kleverware IAG « Quick Start » vous donne très rapidement des premiers indicateurs (SoD, Comptes dormants, orphelins…) pour une bonne gouvernance de vos identités et de leurs accès. Vous pouvez l’utiliser pour une cartographie exhaustive des droits, établir des tableaux de bord, vérifier que votre PSSI est respectée…

Kleverware IAG « Enterprise »

En complément de tous les avantages la version stand alone, vous bénéficiez d’une solution faite pour vos collaborateurs en charge de la revue des droits et ce au plus près des métiers. Avec ses interfaces intuitives pour les différents rôles (Managers de campagnes, approbateurs…), Kleverware IAG « Enterprise » simplifie grandement le travail qui leur est demandé. Vos collaborateurs vous remercieront d’avoir évolué vers une solution robuste, flexible et reconnue par des entreprises depuis plusieurs années.

 

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Suite aux événements dramatiques de janvier qui ont endeuillé la France et à la vague de défigurations sans précédent qui ont affecté plus de 20 000 sites, il nous a paru difficile de ne pas essayer de comprendre quelle était la réalité de la menace, et sa perception par les RSSI. Enquête.

Au FIC, on ne parlait que de cela : le discours martial et emprunt de gravité de Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, avec le soutien sans faille de son homologue allemand, Thomas de Maizière… Une dizaine de jours après les attentats de janvier, l’actualité était sur toutes les lèvres. De plus, une campagne massive de défigurations (cf. interview ci-contre), qui a affecté plus de 20 000 sites français (3 000 selon l’ANSSI), et un peu partout des messages de soutien aux djihadistes, notamment publiés sur Twitter – lesquels ne doivent pas faire oublier la vague énorme de protestation qui a eu lieu sur la Toile et a réuni plus de 4 millions de personnes dans la rue le 11 janvier – ont agité les esprits. Dans ce cadre, la déclaration au FIC de Guillaume Poupard, comparant les défigurations de sites à des « graffitis sur un mur », en a étonné plus d’un. Au moment où vient d’être promulgué le décret qui, suite à la loi du 13 novembre 2014 renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme, permet le blocage et le déréférencement administratif de sites internet faisant l’apologie du terrorisme ou y provoquant, il est utile de revenir sur la réalité d’une menace qui concerne notre pays au premier chef. 

Notons que les forces de renseignement ont été renforcées : un plan de recrutement de 430 experts (hackers, linguistes, interprètes) a été prévu sur la DGSI, forte de 3600 employés. Et le volet « cyber » du djihad ne peut pas être contesté : l’activité d’un groupe de cyberespions, même si ce ne sont pas à proprement parler des « cyberdjihadistes » comme « Desert Falcons », révélée dans le courant de février 2015 par Kaspersky, souligne la nervosité de la région sur ce thème. Notons que, pour l’éditeur russe, il s’agit là du « premier groupe arabe connu de cybermercenaires », maniant des APT (attaques persistantes avancées) pour soutirer de l’information, et ’attaquant surtout à des individus et entreprises au Moyen-Orient (Egypte, Palestine, Israël et Jordanie principalement). La campagne d’attaques serait en cours depuis au moins deux ans.

Si nous reprenons les propos de la plupart des personnes qui ont participé à la table-ronde virtuelle sur la réalité des menaces 2015 (lire pages précédentes), la menace terroriste est majoritairement citée comme un facteur de risque majeur pour 2015. C’est notamment le cas pour Jean-Ian Boutin, de l’ESET, qui estime que « dans la conjoncture actuelle, il ne serait pas surprenant de voir des attaques contre des entreprises situées dans des pays prenant part à la guerre contre l’EI, ou faisant des pressions diplomatiques contre l’Iran ou la Russie par exemple. Ces groupes vont parfois tenter de faire des méfaits en pratiquant des défigurations ou des dénis de service, sur le site web de l’entreprise. Il est aussi possible que d’autres actes, beaucoup plus dommageables, soient commis, tels que des vols de données sensibles. Ces données pourraient ensuite être rendues publiques, uniquement pour entacher la réputation de l’entreprise ». 

Loïc Guezo, plus précis, argumente : « les évènements tragiques en France de ce début d’année ont incontestablement été suivis par une recrudescence d’opérations cyber liées au terrorisme ou à une sympathie politique affichée. On retiendra # OPFrance, qui a abouti aux défigurations de sites en .fr, plutôt sous un mode « cyber graffiti », mêmes si certaines opérations plus pointues ont été constatées de manière concomitante. Plus récemment, nous avons révélé l’opération « Arid Viper : contourner le Dôme de Fer », qui montre bien l’entrée du volet cyber dans toutes les confrontations, y compris terroristes ». L’attaque  montre l’implication possible de la bande de Gaza sur l’attaque de sites israéliens gouvernementaux, de transports, d’éducation, et de transport. 

De son côté, Michel Lanaspèze, directeur marketing de Sophos, fait remarquer : « il faut certainement se préparer à une menace cyberterroriste. C’est en particulier absolument indispensable pour les OIV, qui représentent une cible potentielle de premier ordre ». Rappelons que, probablement suite à l’attaque Stuxnet sur les centrifugeuses iraniennes, les Iraniens se sont attaqués en 2013 au système informatique de l’entreprise Aramco, l’entreprise saoudienne d’hydrocarbures. 

Enfin, Christophe Jolly, directeur sécurité de Cisco France, modère de son côté : « les attaques que nous avons vues ces derniers mois sont restées d’un niveau technique faible. Ce qui laisse penser que les cyberterroristes, n’ont, à cette date, pas de grands moyens techniques, ni de grandes compétences ». La Kalachnikov tuant 17 personnes, s’attaquant à des dessinateurs de « Charlie Hebdo », et aux clients d’un hyper cacher se révèle à ce jour plus meurtrière que la souris d’un ordinateur… « Cependant, reprend Christophe Jolly, on note une augmentation des attaques qui se revendiquent de type « terroriste ». On l’a constaté ces dernières semaines avec les cyber-attaques djihadistes qui ont ciblé plus de 20 000 sites en France. Et pour demain, le potentiel des attaques de cyber-terrorisme est difficile à prévoir ». <:p>

Du côté des RSSI, le ton est plutôt à l’apaisement, même si la plupart restent très prudents. « Dans les jours qui ont suivi les attentats, nous avons subi trois attaques successives. Il n’y a eu au final aucune compromission sur le périmètre » rassure Michel Cazenave, le RSSI du ministère de Affaires étrangères et du Développement international.
« Rien de spécifique n’a été mis en place pour cela. En particulier le site diplomatie.gouv.fr a été attaqué en DDoS, mais a été rétabli rapidement grâce à notre passerelle de sécurité et aux équipes qui la mettent en œuvre » note encore Michel Cazenave

De son côté, Eric Wiatrowski, RSSI d’Orange Business Services, se veut lui aussi rassurant. « En tant qu’opérateur pour les entreprises , nous avions le devoir d’être en alerte, et nous avons donné la consigne à tous nos centres de supervision d’être à l’affût. Nous étions prêts à passer en mode gestion de crise, mais nous n’avons pas eu à le faire. Les services que nous fournissons à nos clients n’ont été perturbés qu’à la marge (tentatives de DoS). Sincèrement, je n’ai pas été vraiment à cran, et je vous avoue que je suis beaucoup plus inquiet des actions d’intrusions furtives telles celles de la NSA que des actions de défiguration des cyberterroristes. Cela m’a embêté, mais, pour être franc, cela ne m’a pas empêché de dormir. Cela étant, il ne faut pas négliger que la menace est potentiellement dans le paysage, et que ces gens-là peuvent devenir capables de passer à la vitesse supérieure ».

Cet RSSI d’un OIV, qui tient à son anonymat et attrapé en vol au moment ou nous bouclons cette enquête, nous confie plusieurs éléments très intéressants : « une cellule de crise  composée du directeur général, du directeur de la sûreté, de deux responsables métiers expérimentés et de moi-même a été réunie. C’est la première fois que cela m’arrive, et je l’ai vécu de manière intensive. Même si la menace restait essentiellement physique, et non cyber, le directeur général m’a demandé si cela valait la peine d’isoler complètement le système industriel du reste du système d’information de l’entreprise, et quel était l’impact, notamment business, si on déconnnectait le système d’information. Fort opportunément, je venais de mener une analyse d’impact, et cette cellule de crise a montré trois carences, sur lesquelles je travaille actuellement. 

● D’une part, je n’avais pas de liste d’actions prioritaires à faire en cas d’attentats, avec une liste précise des impacts opérationnels. 
● Ensuite, il fallait évaluer les conséquences business de la déconnexion des systèmes d’information.
●Enfin, je manquais de modes opératoires en cas d’alertes cyber ». 

Et ce RSSI qui a tout de même vécu quelques heures stressantes fait remarquer : « je pense sincèrement qu’une menace cyberterroriste peut arriver et je m’y prépare. Les OIV doivent se préparer, la menace est sérieuse . Ce n’est pas de la science-fiction ».*

Enfin, Alain Bouillé, Président du CESIN (Club des Experts de la Sécurité de l’Information et du Numérique), reste prudent. « Les sites de grandes entreprises ont tout de même été attaqués en janvier, même si la menace est très vite retombée. Les entreprises, même les plus importantes, n’ont pas toujours les moyens de détecter un piratage. En ce qui nous concerne, nous avons monté une cellule de crise au plus haut niveau, sous la responsabilité du comité de direction, pendant trois jours ». Avant de conclure « dans des cas comme cela, il est essentiel d’avoir fait l’inventaire de son patrimoine, et de savoir ce à quoi on s’expose ». 

Jean-Marc Grémy, vice-président du Clusif, interrogé sur la réalité de la menace, se montre pour sa part très inquiet. « La France, de par sa position politique et son engagement militaire au Mali et au Moyen-Orient [rappelons que le porte-avions Charles de Gaulle a été envoyé mis janvier dans le Golfe arabo-persique pour épauler la coalition qui lutte contre l’Etat Islamique] est très présente dans la lutte contre le terrorisme.» Et, concernant les menaces en 2015, il s’interroge : « à quoi sert l’argent détourné par les opérations cyber-mafieuses, comme Carbanak ? 
A financer des économies parallèles ? 
A acheter des armes ? A financer le terrorisme ? La situation est préoccupante ». Sans compter que, comme le montre malheureusement le succès des opérations de « recrutement » de djihadistes français, notamment par un lavage de cerveau sur Internet, la guerre que mènent les terroristes passent aussi par les réseaux et par l’image : qu’on se souvienne de la macabre mise en scène des égorgements d’otages complaisamment mises en ligne sur Internet… Comme conclut Jean-Marc Grémy « les actions cyber peuvent aussi trouver une déclinaison dans le monde réel. La France est en première ligne […] ». 

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