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Droit d’accès et comptes à privilèges
Jacques Cheminat / lundi 12 mars 2018 / Catégories: Dossiers

Droit d’accès et comptes à privilèges

Equifax, Deloitte, Uber, les récentes violations de données ont souvent des techniques de piratages différentes, mais un élément commun, obtenir l’accès à des applications critiques comme les bases de données, les bases clients, les informations bancaires. En général ces programmes sont soumis à habilitation et rattachés à des comptes à privilèges. leur protection est donc une nécessité dans un monde de plus en plus ouvert et insécurisé. Dossier publié avec le concours de Kleverware.

La représentation en nuage de points du sujet des droits d’accès et des comptes à privilèges se révèle particulièrement dense. PAM (Privileged Access Management), gouvernance des accès, proxy, serveur de rebond, SSH, RDP, bastion, rotation et coffre-fort des mots de passe, discovery, collecte de logs, chiffrement de bout en bout, sont une liste non exhaustive des termes utilisés. Le sujet est porteur comme le prédit Gartner en estimant qu’en 2020, plus de 40% des PME et grands comptes vont déployer des solutions de PAM pour répondre aux problèmes de sécurité du Cloud.

Pour autant, si ce marché est complexe en se déclinant comme un sous-ensemble de la gestion des identités (IAM), il a évolué avec le temps. Dans une première phase, il se développe autour de la protection des mots de passe des comptes administrateurs et de la technique du coffre-fort, tout en ayant les yeux vers le Cloud. Puis le marché se tourne vers la gestion des accès à travers la technologie du bastion, sorte de boîte noire capable d’enregistrer les sessions, de détecter les comportements anormaux et de s’adapter aux nouvelles exigences comme l’automatisation, l’IA et l’IoT. Enfin, les comptes à privilèges ciblent maintenant les métiers en créant des datarooms, des zones de confiance, dédiées à la direction, les RH ou la finance au sein de l’entreprise.

 

L’ÈRE DU COFFRE-FORT DES MOTS DE PASSE ADMIN

Ce marché est relativement jeune et les anciens réflexes ont encore la vie dure. Selon, une étude menée par Dimensional Resarch pour One Identity, 38% des responsables français utilisent un tableur et 18% gardent les mots de passe des comptes à privilèges sur version papier. La prise de conscience de ces problématiques d’accès a été tardive, se souvient Sébastien Faivre, CTO de Brainwave, spécialiste français de la gouvernance des accès, « elles ont émergé il y a une dizaine d’années, avec les interrogations sur les mots de passe des systèmes Root, le plus haut niveau de privilèges au sein de la DSI et donc un accès à l’ensemble de l’infrastructure de l’organisation ». Ces comptes cristallisent 3 types de menaces : la malveillance interne (un administrateur système mécontent ou un utilisateur un peu trop curieux) ; la malveillance externe (attaque ciblée sur les administrateurs systèmes ou malwares visant les systèmes à privilèges) et l’accident (mauvaise configuration ou erreur de mise à jour).

En 2015, l’ANSSI (Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information) a publié une note de « recommandations relatives à l’administration sécurisée des systèmes d’information ». Elle donne des éléments utiles d’aide à la conception d’architectures sécurisées tout en mettant à la disposition des administrateurs les moyens techniques et organisationnels nécessaires à la réalisation de leurs missions. Les comptes à privilèges y sont abordés.

Bunkeriser les mots de passe

Face à un problème technique, la réponse a été aussi technique avec la création des coffres-forts de mots de passe. Plusieurs acteurs sont présents sur ce marché toujours très dynamique. Le principe général repose sur la centralisation en un seul point, sur site ou dans le Cloud, de la gestion des mots de passe pour les comptes à privilèges. Concrètement, la solution analyse l’ensemble de l’environnement IT pour recenser les comptes à privilèges. « En général, un agent se charge de scanner les annuaires de l’entreprise comme Active Directory sur site ou sur le Cloud Azure, mais aussi des services comme Okta ou G Suite de Google » explique Thibault Behaghel, spécialiste produit EMEA chez LastPass. « Il y a beaucoup de demandes autour des offres Cloud et notre offre permet d’appliquer 70 règles de sécurité », précise le dirigeant. L’agent analyse aussi les clés SSH publiques et privées (OpenSSH, Putty, Tectia, Windows, Linux, etc.). L’administrateur IT peut ensuite décider quels comptes associés aux clés doivent intégrer le coffre-fort. La sécurité des mots de passe s’effectue à travers des algorithmes de chiffrement AES 256 ou RSA 2048. En fonction du degré de sensibilité du compte, l’authentification peut être simple couplant identifiant et mot de passe ou bien forte en intégrant des token, de la biométrie, des serveurs Radius, Google Authenticator ou SAML (Security Assertion Markup Language).

Rotation et révocation des mots de passe

Puis, petit à petit, le coffre-fort a évolué avec des fonctionnalités de rotation et de révocation de mots de passe. Dans le premier cas, le coffre-fort est capable de générer de manière aléatoire des éléments d’authentification. Une fonctionnalité rassurante pour minimiser la menace interne, mais elle facilite également la sécurisation de projets en équipes ayant accès à des données sensibles. Dans un environnement DevOps où plusieurs métiers travaillent à la création et à la production d’applications, il est nécessaire d’accéder et de manipuler des données sensibles comme les bases de données. Affecter des éléments d’authentification pour une durée limitée est donc nécessaire. De même, cette fonctionnalité est utile pour les partenaires et les prestataires qui ont besoin d’accéder à des programmes sensibles.

La révocation des mots de passe sur les comptes à privilèges est essentielle. L’actualité est riche d’affaires mettant en cause d’anciens salariés ayant gardé leurs accès à des applications critiques. Ils peuvent ainsi voler des données, les transmettre à des concurrents ou les vendre sur le marché noir. « Il est donc important de pouvoir supprimer l’ensemble des accès quand un administrateur s’en va. Il faut donc vérifier ses identifiants, connaître les couples (mots de passe, identifiant) de ses accès et les révoquer », poursuit Valérie Husson, channel Sales Mananger France & North Africa de Thycotic, nouvel acteur du PAM, arrivé récemment en France. Une tâche automatisable pour laquelle la direction des ressources humaines peut supprimer les accès dès le départ d’un collaborateur depuis un simple bouton.

 

LE BASTION : LA VIGIE ATTENTIVE ET PRÉDICTIVE

Renforcer la gestion des identités des comptes à privilèges (PIM, pour Privileged Identity Management) sur certains éléments du SI est important, mais les responsables IT réclamaient des solutions de traçabilité des sessions des comptes à haut pouvoir.

Le surveillant en chef des sessions à privilèges

D’où l’idée du PAM et plus particulièrement du concept de bastion. « Le bastion s’apparente à la vidéosurveillance dans un appartement », résume Julien Cassignol, ingénieur avant-vente et responsable de l’activité France pour Balabit. Si la partie coffre-fort s’inquiète des identités et intègre le PAM, le bastion s’intéresse aux couches les plus basses de l’IT, « Nous analysons les flux basés sur différents protocoles : RDP (Remote Desktop Protocol), Telnet, Citrix, VNC et SSH » explique Serge Adda, CTO de Wallix, le champion français du bastion. Dans certains cas, des demandes d’analyses de protocoles spécifiques sont réclamées comme dans le cadre des systèmes industriels et les automates SCADA en particulier. « Certains protocoles sont plus complexes que d’autres, comme par exemple les demandes SQL, il y a autant de parfums que les glaces chez Berthillon », constate avec humour Julien Cassignol.

Sur le plan technique, les PAM du marché s'appuient sur des serveurs proxy et des serveurs de rebond pour scruter les flux des tâches. Concrètement, une connexion par rebond consiste à passer par une machine intermédiaire lors d’une connexion entre deux machines, PC ou serveurs, via les protocoles cités précédemment. Cette technique sécurise l’accès aux applications en déléguant l’injection des mots de passe au serveur proxy pour masquer les identifiants.

Mais ces serveurs savent aussi enregistrer les flux. Ils sont capables de rejouer une session en vidéo au format MPEG4 compressé. « 1 h de vidéo correspond à une taille de 20 Mo », assure Valérie Husson de Thycotic en mettant en avant l’offre Secret Server. Elle ajoute : « l’enregistrement se fait en direct et a un intérêt historique pour savoir ce que l’administrateur a fait ou a essayé de supprimer ».

 

Les yeux doux au DevOps et à l’IA

Forts de la traçabilité en vidéo, les bastions récoltent dans le même temps beaucoup de métadonnées. Une mine d’informations à valoriser via des solutions analytiques et de machine learning. Ces efforts aboutissent à l’émergence de solutions d’UBA (User Behavior Analytics), l’analyse comportementale des utilisateurs. « Nous allons maintenant vers l’expérience utilisateur. A travers cette vidéosurveillance, nous collectons énormément d’informations sur ce qui se passe et s’est passé », précise Serge Adda de Wallix.

Pour Balabit, le machine learning permet d’apprendre et de connaître le comportement des détenteurs d’accès aux comptes sensibles. Julien Cassignol le reconnaît, « le machine learning apprend les habitudes de comportement des administrateurs, il est ainsi capable de déterminer les moindres différences comme la façon de frapper sur un clavier, la répétition de commandes peu ou pas utilisées ». Du côté de Wallix, la partie analytique facilite la création de scénarii, « les gens ont des comportements récurrents et répétitifs sur les applicatifs, si une attitude ne correspond pas, il peut y avoir une alerte ».

Car l’objectif de cette analyse comportementale est double, à la fois pour la prévention et dans le cadre d’une enquête. Les bastions sont paramétrés pour lancer des alertes en cas de comportement anormal, voire bloquer immédiatement le compte, si le risque est important. La priorité est le Cloud et l’accompagnement du DevOps. CyberArk est clairement dans cette voie. « Aujourd’hui, les comptes à privilèges ne sont plus nécessairement le fait des humains, mais des robots comme les solutions d’orchestration ou les générateurs de scripts », explique Jean-Christophe Vitu, Pre-Sales Director West & South Europe de CyberArk. Et l’histoire pourrait bien lui donner raison, le vol de données d’Uber est à l’origine un accès à des identifiants AWS codés en dur dans un référentiel privé sur GitHub. Le spécialiste du PAM a donc sorti une offre dédiée, Conjur, pour cibler cette population et cette méthode de travail nécessitant rapidité et agilité.

 

GOUVERNANCE DES ACCÈS ET DATAROOM, AU-DELÀ DU BASTION

Si les deux éléments centraux dans le droit d’accès et la gestion des comptes à privilèges sont le coffre-fort et le bastion, il ne faut pas oublier des solutions complémentaires : la gouvernance des accès et les datarooms. La gouvernance des données s’interroge sur le cycle de vie de la donnée, alors que la notion de dataroom étend la notion de zone de confiance et d’habilitation, réservée à l’IT en général et en particulier aux sysadmins, aux dirigeants et aux responsables métiers (RH, marketing ou finances).

La gouvernance des accès, une tour de contrôle pour les PAM

« Les outils de PAM configurent le coffre-fort de mots de passe et les droits d’accès, mais ils n’englobent pas le cycle de vie des accès. Il faut croiser les logs des PAM avec d’autres bases de données comme celles des RH par exemple », confie Sébastien Faivre de Brainwave. Le concept de gouvernance des accès emprunte à la gestion des risques sur le SI et à l’audit. Il donne à un ensemble d’acteurs légitimes la possibilité de suivre l’évolution des identités et des accès des utilisateurs au sein du SI et d’en contrôler la conformité et de répondre aux questions « qui a le droit à quoi, comment et pourquoi. Le contrôle a posteriori, la réconciliation des comptes », poursuit le dirigeant.

Pour mener à bien cet audit, il est nécessaire de réaliser une cartographie. « Nous extrayons des données du SI de manière très granulaire, allant du référentiel RH, l’accès des partenaires, les bases de données, les annuaires (Active Directory, LDAP). Au final, nous dressons un inventaire des droits d’accès », explique Arnaud Fléchard, CTO de Kleverware, également spécialiste français de la gouvernance des accès. Il ajoute, « ce travail donne une vue des droits à pouvoir ou sensibles et facilite la ségrégation des tâches afin d’assurer une véritable séparation des tâches ». Les offres d’IAG (Identity and Access Governance) sont des tours de contrôle et s’imposent en complément de solutions de PAM ou d’IAM.

 

Les Dataroom blindent les données à privilèges

Les comptes à privilèges ne sont plus l’apanage des seuls administrateurs. Le Cloud, la mobilité et même les médias sociaux rebattent les cartes de la gestion d’accès. La direction d’une entreprise, les directeurs financiers, ressources humaines disposent d’accès spécifiques à des ressources sensibles. Mais la protection ne doit pas porter uniquement sur les accès, mais aussi sur le contenu. D’où la création des datarooms, des espaces sécurisés autorisant le partage de documents sensibles. Une offre qui s’adresse spécifiquement aux comités exécutifs des entreprises, manipulant des informations stratégiques (budget, fusions-acquisitions, plan de recrutement ou de licenciement, etc.). La sécurité est assurée depuis le poste de travail « avec une connexion TLS 1.2 entre les serveurs, le passage d’un antivirus sur l’objet transféré plus un chiffrement en AES 256 spécifique et un enregistrement sur disque », assure Alexis Boissinot, responsable de Brainloop France. Pas d’inquiétudes de voir la DSI disposer d’un accès privilégié aux documents, « les gens de l’IT et de la sécurité gèrent l’accès à la porte d’entrée des datarooms, mais pas aux contenus », soutient le dirigeant. Les services en mode SaaS comme Office 365 ou Salesforce sont gérés via des API, « avec un simple glisser-déposer » des objets dans la dataroom.

Les acteurs du marché des droits d’accès et comptes à privilèges

IAM (Identity Access Management) Ilex, Gemalto, GlobalSign, Okta, IBM, AWS, Google 
Coffre-fort de mots de passe Lastpass, Dashlane, Keepass
PIM (Privileged Identity Management) IBM, CyberArk, Balabit, Centrify, CA Technologies
PAM (Privileged Access Management) Wallix, CyberArk, Balabit, Thycotic, CA Technologies, Bomgar
Gouvernance des accès Brainwave, Kleverware, One Identity, Sailpoint
Dataroom Brainloop, Drooms, OOdrive, Intralinks

 

Dossier publié sur le site mag-securs.com avec le concours de Kleverware.


Infos partenaire

Kleverware, éditeur français, est un précurseur depuis 2005 dans le domaine du contrôle des identités et des accès. Avec ses innovations brevetées et la reconnaissance du marché par l’obtention de labels (France Cybersecurity, Bpifrance Excellence…), Kleverware prouve la robustesse de ses solutions, qui sont utilisées par des grands noms depuis des années pour auditer des centaines de milliers de droits tous les jours.

Les solutions de Kleverware sont flexibles et efficientes, que ce soit pour :

  • Les opérationnels de la sécurité, pour savoir rapidement quels sont les droits qui sont réellement donnés aux collaborateurs (cartographie exhaustive) au regard de leur fonction (SOD).
  • Les correspondants Métier, pour leur simplifier les revues de droits et leur offrir un gain de temps sur des taches qui ne sont pas obligatoirement bien comprises (ROI).
  • Vos auditeurs (CAC, Contrôle Interne) à qui vous démontrez que non seulement vous répondez aux préconisations, mais auxquels vous donnerez le reporting idoine.

Les solutions de Kleverware :

Kleverware IAG « Quick Start »

Cette solution ne nécessite pas d’infrastructure, un poste ou une VM suffit. Simple d’installation, elle est efficiente pour l’analyse et le contrôle, cela même pour des milliers d’identités grâce à sa technologie brevetée. Kleverware IAG « Quick Start » vous donne très rapidement des premiers indicateurs (SoD, Comptes dormants, orphelins…) pour une bonne gouvernance de vos identités et de leurs accès. Vous pouvez l’utiliser pour une cartographie exhaustive des droits, établir des tableaux de bord, vérifier que votre PSSI est respectée…

Kleverware IAG « Enterprise »

En complément de tous les avantages la version stand alone, vous bénéficiez d’une solution faite pour vos collaborateurs en charge de la revue des droits et ce au plus près des métiers. Avec ses interfaces intuitives pour les différents rôles (Managers de campagnes, approbateurs…), Kleverware IAG « Enterprise » simplifie grandement le travail qui leur est demandé. Vos collaborateurs vous remercieront d’avoir évolué vers une solution robuste, flexible et reconnue par des entreprises depuis plusieurs années.

 

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Alors que les guerres se font de plus en plus violentes, le chiffrement devient une arme à part entière, les armées comptent des cryptographes, des mathématiciens, des agents du renseignement dont la spécialité consiste à chiffrer les messages et à casser les codes ennemis. Autant dire que les 150 dernières années ont été une période faste pour la cryptographie.

 

Moins connue qu’Enigma, la machine de Lorenz servait pourtant aux échanges entre les quartiers généraux allemands. 

Le XIXème siècle, époque de l’industrialisation et de la modernisation de la guerre, avec son lot d’atrocités, de massacres, prélude aux boucheries du siècle suivant… mais aussi une ère au cours de laquelle les techniques de chiffrement évoluent et se perfectionnent.

Playfair, le chiffrement deux par deux

Le Chiffre de Playfair porte mal son nom. Ce procédé fut inventé par Charles Wheatstone, vers 1850. C’est toutefois Lord Playfair qui lui donne son nom : le baron a en effet popularisé son utilisation, notamment au sein de l’armée britannique. Ce système est assez similaire au Chiffre de Vigenère, mais au lieu de chiffrer les lettres une à une, on s’intéresse aux paires de lettres. On parle de chiffrement polygrammique (ou plus exactement digrammique dans le cas qui nous intéresse ici). Contrairement aux substitutions poly-alphabétiques vues dans le numéro précédent, ce chiffrement est plus dur à casser par des analyses fréquentielles : 625 digrammes possibles contre 26 lettres.

On retrouve là encore notre bon vieux tableau de 5 x 5 lettres, contenant un mot clé placé verticalement, horizontalement ou en diagonale. On traite les lettres de notre message en clair deux par deux, en suivant les quatre règles suivantes :

  • Si les deux lettres sont identiques ou s’il n’en reste qu’une, mettre X (ou Q) après la première lettre.
  • Si les lettres se trouvent sur la même ligne du tableau, les remplacer par les lettres immédiatement sur leur droite (en revenant au bord gauche du tableau, sur la même ligne, si le bord est atteint).
  • Si les lettres se trouvent sur la même colonne, les remplacer par les lettres se trouvant immédiatement en dessous (en bouclant par le haut si le bord est atteint).
  • Si les deux lettres sont sur des lignes et des colonnes différentes, remplacer chaque lettre par la lettre située sur la même ligne qu'elle, mais sur la colonne de l'autre lettre.

Prenons un exemple… Nous voulons chiffrer le message « une nouvelle menace », en utilisant la clé MAGSECURITE. En éliminant les redondances, on obtient MAGSECURIT Nous obtenons le Tableau ci-dessous (sans la lettre W, mais on peut aussi combiner I et J).

 

Notre message se découpera comme suivant : UN EN OU VE LQ EM EN AC EQ. En respectant les quatre règles et en s’aidant du tableau, nous obtenons le message chiffré suivant : LRPGILAZVKMAPGUMZM. Ce qui, il faut bien l’avouer, ne veut pas dire grand chose. A moins d’avoir la clé…

On retrouve la première référence au Chiffre de Playfair dans un document du British Foreign Office. Le système pour des échanges peu sensibles par les Australiens, les Néozélandais et les Allemands. Ces derniers améliorent le Chiffre de Playfair en juxtaposant deux tableaux, la première lettre étant recherchée dans l’un, la seconde dans l’autre. Ce qui règle le problème des doublons et permet un chiffrement symétrique optimisé.

Vernam, le code jetable

L’ingénieur Gilbert Vernam pousse le vice encore plus loin, avec une clé (ou masque) jetable, conçue en 1917. Chaque clé ne doit être utilisée qu’une seule fois et doit avoir un nombre de caractères égal ou supérieur au nombre de caractères du message à chiffrer. Joseph Mauborgne (encore lui) passera par là deux ans plus tard et y ajoutera sa petite règle en plus : les caractères de la clé doivent être choisis de manière totalement aléatoire. Ce qui rend ce code théoriquement incassable. Un hacker ne connaît que le texte chiffré et toutes les clés sont également probables. Une analyse fréquentielle est vaine (puisque la clé est unique), la connaissance d’une partie de la clé inutile, puisque le reste n’en dépend pas (chaque caractère est aléatoire). Pour des soucis de temps de chiffrement, nous choisissons volontairement un texte court, mais vous, chez vous, n’hésitez pas à vous amuser à chiffrer des messages bien plus longs... Nous prendrons donc un mot de quatre lettres, HACK. Puis, fouillant dans notre chapeau des clés aléatoires (on pioche quatre lettres aléatoires), nous obtenons la clé UTLU. On attribue une valeur pour chaque lettre, comme pour Polybe. H = 7, A = 0, C = 2, K = 10, U = 20, T = 19 et L = 11. Après quoi on prend un papier, un crayon et un modulo de 26 et à l’attaque...

H + U = 7 + 20 = 27 ; 27 - 26 = 1 = B
A + T = 0 + 19 = 19 = T
C + L = 2 + 11 = 13 = N
K + U = 10 + 20 = 30 ; 30 - 26 = 4 = E

Notre texte chiffré est donc BTNE.

Voilà donc un procédé parfait, dont la sécurité sémantique est assurée. Pourtant, il est quasi impossible de le mettre en oeuvre pour plusieurs raisons. La première, et non des moindres, est la nécessité de transmettre les clés via un canal ultra sécurisé. Or ce canal n’a de sens qu’au moment de transmission des clés… S’il est sûr au point de l’utiliser pour transmettre la clé, autant transmettre directement le message par ce biais... Autre difficulté, choisir une clé parfaitement aléatoire. Si, aujourd’hui, l’outil informatique nous facilite la tâche, ce n’était pas le cas en 1917. Puisqu’une clé ne peut être utilisée qu’une seule fois, il est nécessaire de consigner chaque clé utilisée pour ne pas les répéter. La perte ou le vol de ce document compromet donc l’ensemble des messages et le procédé est d’autant plus complexe qu’on a plusieurs correspondants (autant de clés que de messages et de correspondants, avec, pour chacun, un canal ultra-sécurisé permettant de communiquer la clé). Autant dire que les cas d’utilisation du masque jetable de Vernam, malgré leur « poids historique » (échange entre Fidel Castro et le Che, téléphone rouge), sont rares.

 

Tommy Flowers, inventeur du premier calculateur électronique basé sur un système binaire.

Lorenz, l’autre Enigma

Si Enigma est sans doute la « machine » de chiffrement la plus connue de la Seconde Guerre Mondiale, on entend beaucoup moins parler des Machines de Lorenz. Pourtant, son histoire mérite d’être contée. Alors que Enigma était destinée aux communications de la Luftwaffe et de la Marine allemande, Lorenz servait pour sa part aux échanges entre les quartiers généraux, y compris celui du Führer. En outre, Enigma n’a été « craquée » que par des attaques de force brute. Le code de Lorenz a lui été cassé. Enfin, si vous vous intéressez à l’histoire d’Enigma, nous ne pouvons que conseiller de visionner l’excellent film The Imitation Game, qui a par ailleurs déjà fait l’objet d’un Cultur’Hack (Cf. Mag-Secursn°45).

Les Machines de Lorenz SZ 40 et SZ 42 servaient à chiffrer les communications par téléscripteur. Le SZ signifie Schlüsselzusatz, littéralement clé additive.

Tout d’abord, l’opérateur traitait chaque lettre du message en clair, les remplaçant par leur équivalent binaire du code international (ou système Baudot-Murray). Une lettre devient donc 5 bits, 0 ou 1. On active ensuite la machine. Là où Enigma comptait 3 à 6 rotors, Lorentz en avait 12. Chacune de ses roues possédait entre 23 et 61 crans. À chaque lettre tapée, les cinq premiers rotors (chi) se déplaçaient d’un cran, à l’instar du premier rotor moteur. Le deuxième rotor moteur ne tourne que si le premier moteur est à la position témoin 1, activant par là même les cinq autres rotors (psi). La machine produit donc des grappes de 5 bits pseudo-aléatoires. Ces bits sont ensuite combinés au texte en clair par une fonction ou_exclusif.

Ce système permet d’obtenir une clé additive pseudo-aléatoire en combinant les groupes de bits au texte en clair par une fonction ou_exclusif. 0 étant « faux », 1 étant « vrai », le résultat n’est vrai que si un seul des deux facteurs est vrai. Plus concrètement, on tape par exemple la lettre A, code 11000, la machine lui ajoute le code du B, 10011, on obtient le code 00011, soit la lettre O. Et on réalisera la manoeuvre inverse pour déchiffrer le message. Sachant que la machine peut donner un ou_exclusif 00000, une lettre peut être chiffrée par elle-même… ce qui complique considérablement la tâche des hackers, en plus de l’aléatoire de la définition de la clé additive.

 

 Joseph Mauborgne, officier de l’armée américaine, sera également à l’origine de la première transmission radio sans fil air/sol en 1912.

Pourtant, Lorenz a été cassé dès 1942 à Bentchley Park, sans même que les ingénieurs aient jamais eu en main une des machines. A l’été 1941, un opérateur allemand transmit, via Lorenz, un long message. Problème de réception ou incompréhension du destinataire, le même message fut renvoyé peu après, avec la même clé… mais pas à l’identique, puisque l’opérateur y remplaça certains mots ou expressions par des abréviations. À partir des deux textes, John Tiltman, officier du renseignement britannique et cryptanalyste, obtint à la fois le texte en clair et la méthode de chiffrement.

Puis vint Colossus, premier calculateur électronique basé sur un système binaire, imaginé par Max Newman, un des professeurs de Turing, et fabriqué par l’ingénieur anglais Tommy Flowers. La logique du premier cassage du code Lorenz veut qu’une clef correcte contienne plus de 0 que de 1 (puisqu’un seul des facteurs doit être vrai). Cet ordinateur calculait donc des clés produisant plus de 0 que d’autres, et répétait l’opération avec des clés différentes jusqu’à obtenir un texte lisible. C’est le début du chiffrement électronique et informatique, qui nous fait entrer dans l’ère que nous connaissons. ■


Lire le début du dossier :

- Le chiffrement à travers les âges (1)

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