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Droit d’accès et comptes à privilèges
Jacques Cheminat / lundi 12 mars 2018 / Catégories: Dossiers

Droit d’accès et comptes à privilèges

Equifax, Deloitte, Uber, les récentes violations de données ont souvent des techniques de piratages différentes, mais un élément commun, obtenir l’accès à des applications critiques comme les bases de données, les bases clients, les informations bancaires. En général ces programmes sont soumis à habilitation et rattachés à des comptes à privilèges. leur protection est donc une nécessité dans un monde de plus en plus ouvert et insécurisé. Dossier publié avec le concours de Kleverware.

La représentation en nuage de points du sujet des droits d’accès et des comptes à privilèges se révèle particulièrement dense. PAM (Privileged Access Management), gouvernance des accès, proxy, serveur de rebond, SSH, RDP, bastion, rotation et coffre-fort des mots de passe, discovery, collecte de logs, chiffrement de bout en bout, sont une liste non exhaustive des termes utilisés. Le sujet est porteur comme le prédit Gartner en estimant qu’en 2020, plus de 40% des PME et grands comptes vont déployer des solutions de PAM pour répondre aux problèmes de sécurité du Cloud.

Pour autant, si ce marché est complexe en se déclinant comme un sous-ensemble de la gestion des identités (IAM), il a évolué avec le temps. Dans une première phase, il se développe autour de la protection des mots de passe des comptes administrateurs et de la technique du coffre-fort, tout en ayant les yeux vers le Cloud. Puis le marché se tourne vers la gestion des accès à travers la technologie du bastion, sorte de boîte noire capable d’enregistrer les sessions, de détecter les comportements anormaux et de s’adapter aux nouvelles exigences comme l’automatisation, l’IA et l’IoT. Enfin, les comptes à privilèges ciblent maintenant les métiers en créant des datarooms, des zones de confiance, dédiées à la direction, les RH ou la finance au sein de l’entreprise.

 

L’ÈRE DU COFFRE-FORT DES MOTS DE PASSE ADMIN

Ce marché est relativement jeune et les anciens réflexes ont encore la vie dure. Selon, une étude menée par Dimensional Resarch pour One Identity, 38% des responsables français utilisent un tableur et 18% gardent les mots de passe des comptes à privilèges sur version papier. La prise de conscience de ces problématiques d’accès a été tardive, se souvient Sébastien Faivre, CTO de Brainwave, spécialiste français de la gouvernance des accès, « elles ont émergé il y a une dizaine d’années, avec les interrogations sur les mots de passe des systèmes Root, le plus haut niveau de privilèges au sein de la DSI et donc un accès à l’ensemble de l’infrastructure de l’organisation ». Ces comptes cristallisent 3 types de menaces : la malveillance interne (un administrateur système mécontent ou un utilisateur un peu trop curieux) ; la malveillance externe (attaque ciblée sur les administrateurs systèmes ou malwares visant les systèmes à privilèges) et l’accident (mauvaise configuration ou erreur de mise à jour).

En 2015, l’ANSSI (Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information) a publié une note de « recommandations relatives à l’administration sécurisée des systèmes d’information ». Elle donne des éléments utiles d’aide à la conception d’architectures sécurisées tout en mettant à la disposition des administrateurs les moyens techniques et organisationnels nécessaires à la réalisation de leurs missions. Les comptes à privilèges y sont abordés.

Bunkeriser les mots de passe

Face à un problème technique, la réponse a été aussi technique avec la création des coffres-forts de mots de passe. Plusieurs acteurs sont présents sur ce marché toujours très dynamique. Le principe général repose sur la centralisation en un seul point, sur site ou dans le Cloud, de la gestion des mots de passe pour les comptes à privilèges. Concrètement, la solution analyse l’ensemble de l’environnement IT pour recenser les comptes à privilèges. « En général, un agent se charge de scanner les annuaires de l’entreprise comme Active Directory sur site ou sur le Cloud Azure, mais aussi des services comme Okta ou G Suite de Google » explique Thibault Behaghel, spécialiste produit EMEA chez LastPass. « Il y a beaucoup de demandes autour des offres Cloud et notre offre permet d’appliquer 70 règles de sécurité », précise le dirigeant. L’agent analyse aussi les clés SSH publiques et privées (OpenSSH, Putty, Tectia, Windows, Linux, etc.). L’administrateur IT peut ensuite décider quels comptes associés aux clés doivent intégrer le coffre-fort. La sécurité des mots de passe s’effectue à travers des algorithmes de chiffrement AES 256 ou RSA 2048. En fonction du degré de sensibilité du compte, l’authentification peut être simple couplant identifiant et mot de passe ou bien forte en intégrant des token, de la biométrie, des serveurs Radius, Google Authenticator ou SAML (Security Assertion Markup Language).

Rotation et révocation des mots de passe

Puis, petit à petit, le coffre-fort a évolué avec des fonctionnalités de rotation et de révocation de mots de passe. Dans le premier cas, le coffre-fort est capable de générer de manière aléatoire des éléments d’authentification. Une fonctionnalité rassurante pour minimiser la menace interne, mais elle facilite également la sécurisation de projets en équipes ayant accès à des données sensibles. Dans un environnement DevOps où plusieurs métiers travaillent à la création et à la production d’applications, il est nécessaire d’accéder et de manipuler des données sensibles comme les bases de données. Affecter des éléments d’authentification pour une durée limitée est donc nécessaire. De même, cette fonctionnalité est utile pour les partenaires et les prestataires qui ont besoin d’accéder à des programmes sensibles.

La révocation des mots de passe sur les comptes à privilèges est essentielle. L’actualité est riche d’affaires mettant en cause d’anciens salariés ayant gardé leurs accès à des applications critiques. Ils peuvent ainsi voler des données, les transmettre à des concurrents ou les vendre sur le marché noir. « Il est donc important de pouvoir supprimer l’ensemble des accès quand un administrateur s’en va. Il faut donc vérifier ses identifiants, connaître les couples (mots de passe, identifiant) de ses accès et les révoquer », poursuit Valérie Husson, channel Sales Mananger France & North Africa de Thycotic, nouvel acteur du PAM, arrivé récemment en France. Une tâche automatisable pour laquelle la direction des ressources humaines peut supprimer les accès dès le départ d’un collaborateur depuis un simple bouton.

 

LE BASTION : LA VIGIE ATTENTIVE ET PRÉDICTIVE

Renforcer la gestion des identités des comptes à privilèges (PIM, pour Privileged Identity Management) sur certains éléments du SI est important, mais les responsables IT réclamaient des solutions de traçabilité des sessions des comptes à haut pouvoir.

Le surveillant en chef des sessions à privilèges

D’où l’idée du PAM et plus particulièrement du concept de bastion. « Le bastion s’apparente à la vidéosurveillance dans un appartement », résume Julien Cassignol, ingénieur avant-vente et responsable de l’activité France pour Balabit. Si la partie coffre-fort s’inquiète des identités et intègre le PAM, le bastion s’intéresse aux couches les plus basses de l’IT, « Nous analysons les flux basés sur différents protocoles : RDP (Remote Desktop Protocol), Telnet, Citrix, VNC et SSH » explique Serge Adda, CTO de Wallix, le champion français du bastion. Dans certains cas, des demandes d’analyses de protocoles spécifiques sont réclamées comme dans le cadre des systèmes industriels et les automates SCADA en particulier. « Certains protocoles sont plus complexes que d’autres, comme par exemple les demandes SQL, il y a autant de parfums que les glaces chez Berthillon », constate avec humour Julien Cassignol.

Sur le plan technique, les PAM du marché s'appuient sur des serveurs proxy et des serveurs de rebond pour scruter les flux des tâches. Concrètement, une connexion par rebond consiste à passer par une machine intermédiaire lors d’une connexion entre deux machines, PC ou serveurs, via les protocoles cités précédemment. Cette technique sécurise l’accès aux applications en déléguant l’injection des mots de passe au serveur proxy pour masquer les identifiants.

Mais ces serveurs savent aussi enregistrer les flux. Ils sont capables de rejouer une session en vidéo au format MPEG4 compressé. « 1 h de vidéo correspond à une taille de 20 Mo », assure Valérie Husson de Thycotic en mettant en avant l’offre Secret Server. Elle ajoute : « l’enregistrement se fait en direct et a un intérêt historique pour savoir ce que l’administrateur a fait ou a essayé de supprimer ».

 

Les yeux doux au DevOps et à l’IA

Forts de la traçabilité en vidéo, les bastions récoltent dans le même temps beaucoup de métadonnées. Une mine d’informations à valoriser via des solutions analytiques et de machine learning. Ces efforts aboutissent à l’émergence de solutions d’UBA (User Behavior Analytics), l’analyse comportementale des utilisateurs. « Nous allons maintenant vers l’expérience utilisateur. A travers cette vidéosurveillance, nous collectons énormément d’informations sur ce qui se passe et s’est passé », précise Serge Adda de Wallix.

Pour Balabit, le machine learning permet d’apprendre et de connaître le comportement des détenteurs d’accès aux comptes sensibles. Julien Cassignol le reconnaît, « le machine learning apprend les habitudes de comportement des administrateurs, il est ainsi capable de déterminer les moindres différences comme la façon de frapper sur un clavier, la répétition de commandes peu ou pas utilisées ». Du côté de Wallix, la partie analytique facilite la création de scénarii, « les gens ont des comportements récurrents et répétitifs sur les applicatifs, si une attitude ne correspond pas, il peut y avoir une alerte ».

Car l’objectif de cette analyse comportementale est double, à la fois pour la prévention et dans le cadre d’une enquête. Les bastions sont paramétrés pour lancer des alertes en cas de comportement anormal, voire bloquer immédiatement le compte, si le risque est important. La priorité est le Cloud et l’accompagnement du DevOps. CyberArk est clairement dans cette voie. « Aujourd’hui, les comptes à privilèges ne sont plus nécessairement le fait des humains, mais des robots comme les solutions d’orchestration ou les générateurs de scripts », explique Jean-Christophe Vitu, Pre-Sales Director West & South Europe de CyberArk. Et l’histoire pourrait bien lui donner raison, le vol de données d’Uber est à l’origine un accès à des identifiants AWS codés en dur dans un référentiel privé sur GitHub. Le spécialiste du PAM a donc sorti une offre dédiée, Conjur, pour cibler cette population et cette méthode de travail nécessitant rapidité et agilité.

 

GOUVERNANCE DES ACCÈS ET DATAROOM, AU-DELÀ DU BASTION

Si les deux éléments centraux dans le droit d’accès et la gestion des comptes à privilèges sont le coffre-fort et le bastion, il ne faut pas oublier des solutions complémentaires : la gouvernance des accès et les datarooms. La gouvernance des données s’interroge sur le cycle de vie de la donnée, alors que la notion de dataroom étend la notion de zone de confiance et d’habilitation, réservée à l’IT en général et en particulier aux sysadmins, aux dirigeants et aux responsables métiers (RH, marketing ou finances).

La gouvernance des accès, une tour de contrôle pour les PAM

« Les outils de PAM configurent le coffre-fort de mots de passe et les droits d’accès, mais ils n’englobent pas le cycle de vie des accès. Il faut croiser les logs des PAM avec d’autres bases de données comme celles des RH par exemple », confie Sébastien Faivre de Brainwave. Le concept de gouvernance des accès emprunte à la gestion des risques sur le SI et à l’audit. Il donne à un ensemble d’acteurs légitimes la possibilité de suivre l’évolution des identités et des accès des utilisateurs au sein du SI et d’en contrôler la conformité et de répondre aux questions « qui a le droit à quoi, comment et pourquoi. Le contrôle a posteriori, la réconciliation des comptes », poursuit le dirigeant.

Pour mener à bien cet audit, il est nécessaire de réaliser une cartographie. « Nous extrayons des données du SI de manière très granulaire, allant du référentiel RH, l’accès des partenaires, les bases de données, les annuaires (Active Directory, LDAP). Au final, nous dressons un inventaire des droits d’accès », explique Arnaud Fléchard, CTO de Kleverware, également spécialiste français de la gouvernance des accès. Il ajoute, « ce travail donne une vue des droits à pouvoir ou sensibles et facilite la ségrégation des tâches afin d’assurer une véritable séparation des tâches ». Les offres d’IAG (Identity and Access Governance) sont des tours de contrôle et s’imposent en complément de solutions de PAM ou d’IAM.

 

Les Dataroom blindent les données à privilèges

Les comptes à privilèges ne sont plus l’apanage des seuls administrateurs. Le Cloud, la mobilité et même les médias sociaux rebattent les cartes de la gestion d’accès. La direction d’une entreprise, les directeurs financiers, ressources humaines disposent d’accès spécifiques à des ressources sensibles. Mais la protection ne doit pas porter uniquement sur les accès, mais aussi sur le contenu. D’où la création des datarooms, des espaces sécurisés autorisant le partage de documents sensibles. Une offre qui s’adresse spécifiquement aux comités exécutifs des entreprises, manipulant des informations stratégiques (budget, fusions-acquisitions, plan de recrutement ou de licenciement, etc.). La sécurité est assurée depuis le poste de travail « avec une connexion TLS 1.2 entre les serveurs, le passage d’un antivirus sur l’objet transféré plus un chiffrement en AES 256 spécifique et un enregistrement sur disque », assure Alexis Boissinot, responsable de Brainloop France. Pas d’inquiétudes de voir la DSI disposer d’un accès privilégié aux documents, « les gens de l’IT et de la sécurité gèrent l’accès à la porte d’entrée des datarooms, mais pas aux contenus », soutient le dirigeant. Les services en mode SaaS comme Office 365 ou Salesforce sont gérés via des API, « avec un simple glisser-déposer » des objets dans la dataroom.

Les acteurs du marché des droits d’accès et comptes à privilèges

IAM (Identity Access Management) Ilex, Gemalto, GlobalSign, Okta, IBM, AWS, Google 
Coffre-fort de mots de passe Lastpass, Dashlane, Keepass
PIM (Privileged Identity Management) IBM, CyberArk, Balabit, Centrify, CA Technologies
PAM (Privileged Access Management) Wallix, CyberArk, Balabit, Thycotic, CA Technologies, Bomgar
Gouvernance des accès Brainwave, Kleverware, One Identity, Sailpoint
Dataroom Brainloop, Drooms, OOdrive, Intralinks

 

Dossier publié sur le site mag-securs.com avec le concours de Kleverware.


Infos partenaire

Kleverware, éditeur français, est un précurseur depuis 2005 dans le domaine du contrôle des identités et des accès. Avec ses innovations brevetées et la reconnaissance du marché par l’obtention de labels (France Cybersecurity, Bpifrance Excellence…), Kleverware prouve la robustesse de ses solutions, qui sont utilisées par des grands noms depuis des années pour auditer des centaines de milliers de droits tous les jours.

Les solutions de Kleverware sont flexibles et efficientes, que ce soit pour :

  • Les opérationnels de la sécurité, pour savoir rapidement quels sont les droits qui sont réellement donnés aux collaborateurs (cartographie exhaustive) au regard de leur fonction (SOD).
  • Les correspondants Métier, pour leur simplifier les revues de droits et leur offrir un gain de temps sur des taches qui ne sont pas obligatoirement bien comprises (ROI).
  • Vos auditeurs (CAC, Contrôle Interne) à qui vous démontrez que non seulement vous répondez aux préconisations, mais auxquels vous donnerez le reporting idoine.

Les solutions de Kleverware :

Kleverware IAG « Quick Start »

Cette solution ne nécessite pas d’infrastructure, un poste ou une VM suffit. Simple d’installation, elle est efficiente pour l’analyse et le contrôle, cela même pour des milliers d’identités grâce à sa technologie brevetée. Kleverware IAG « Quick Start » vous donne très rapidement des premiers indicateurs (SoD, Comptes dormants, orphelins…) pour une bonne gouvernance de vos identités et de leurs accès. Vous pouvez l’utiliser pour une cartographie exhaustive des droits, établir des tableaux de bord, vérifier que votre PSSI est respectée…

Kleverware IAG « Enterprise »

En complément de tous les avantages la version stand alone, vous bénéficiez d’une solution faite pour vos collaborateurs en charge de la revue des droits et ce au plus près des métiers. Avec ses interfaces intuitives pour les différents rôles (Managers de campagnes, approbateurs…), Kleverware IAG « Enterprise » simplifie grandement le travail qui leur est demandé. Vos collaborateurs vous remercieront d’avoir évolué vers une solution robuste, flexible et reconnue par des entreprises depuis plusieurs années.

 

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La recherche des failles de sécurité a toujours représenté l’alpha et l’omega des chercheurs en sécurité. Ces failles – une fois trouvées – se vendent, et fort cher, jusqu’à un million de dollars. Un nouveau métier apparaît : celui du broker de failles de sécurité.  Le phénomène « Bug Bounty » créé en 1995 prend  une autre envergure.

L’informatique a permis durant des dizaines d’années de résoudre des problèmes insolubles, comme envoyer des navettes et des hommes dans l’espace. On a cherché à concevoir des langages informatiques robustes, avec des règles et des contrôles stricts pour conserver la maîtrise des programmes. C’était l’époque des programmes lunaires Apollo et du langage informatique Ada, conçu par une équipe française. Puis, on a voulu introduire de la souplesse et accroître les possibilités de programmation : le C, le C++, moins contraignants, plus souples, et maintenant les méthodes DevOps, avec des logiques de moins en moins structurées, plus itératives et, finalement aussi de plus en plus empiriques, mais rapides. Et plus « agiles ». En parallèle, la profession a essayé de concevoir les règles de bonnes pratiques de la programmation, comme
l’OWASP avec son TOP 10, suivi de trop nombreuses autres règles. Une normalisation du développement de code a suivi avec la série des normes ISO 27034-x toujours inaboutie après de très nombreuses années de discussions.

A côté, existent des techniques pour « stresser » les codes informatiques et trouver leurs contradictions, comme le fuzzing. On envoie des données « bizarres » en masse dans des applications pour mettre en évidence des comportements anormaux et trouver des failles.

Le « time to market » l’emporte sur  « la belle ouvrage »

Les systèmes experts brassant les bonnes pratiques ont ensuite pris le pas pour rechercher les fautes de programmation. Fortify (aujourd’hui acheté par HP) ou Checkmarx proposent des analyses complexes des codes sources. FindBugs et CheckStyle analysent pour leur part les codes Java. On trouve encore les analyseurs de codes sources PMD ou Lint, ou encore SonarQube qui analyse la qualité des codes produits par une vingtaine de langages de programmation. Les fautes de programmation sont mises en évidence pour « éduquer » les maudits développeurs qui n’ont aucune orthographe informatique. De son côté, Veracode propose une démarche voisine en inspectant le code exécutable (le binaire) et non le code source. Ces familles, cousins, cousines, procèdent de la même manière. Les langages informatiques sont trop permissifs, alors il faut chasser les mauvaises pratiques. Mais les langages de développement restent toujours plus laxistes pour accélérer l’écriture des codes. Le « time to market » avec des solutions mal écrites l’emporte sur la « belle ouvrage » pensée avec des langages structurés et contrôlés. C’est notamment la philosophie du concept « Dev Ops « (cf. dossier p. 20).

Le contexte n’a pas changé, et la situation a même empiré : agilité et rapidité l’emporte sur toute approche de maîtrise. Produire du code plus vite, encore plus vite, même imparfait… Il existe des dollars à prendre pour peu. On fait, on laisse tomber et on recommence…

Mais une analyse géopolitique de la valeur de l’information peut conduire à une conclusion totalement inverse. Les systèmes d’information ont pris une telle importance dans les échanges et l’équilibre de nos sociétés qu’ils sont désormais incontournables. Intercepter, analyser et prendre des décisions stratégiques à partir d’informations acquises sans le consentement de leurs auteurs prend de l’importance.

Prendre le contrôle d’un iPhone pour un million de dollars

La question n’est plus l’erreur de programmation, mais celle de la valeur de l’information que l’on peut obtenir suite à cette maladresse. L’IT alimente le monde du renseignement. Le psychodrame entre le FBI, la NSA et les GAFA avec Apple qui défend ses dollars pour ne pas livrer ses codes est affaire de convictions, mais aussi de marché. Les services de renseignements savent lire les informations, la question n’est que celle de la manière avec laquelle ils doivent travailler avec les GAFA en tout bien tout honneur et avec des dollars. Sommes-nous en face d’outils civils d’analyse de codes, ou de produits militaires pour faciliter l’espionnage ? Les deux sont possibles, tout dépend de la finalité de la recherche. Il s’agit donc de technologies duales, civiles et militaires, qui sont régies par l’arrangement de Wassennaar du 12 mai 1996 signé par 41 pays dans le monde (ne comprenant ni la Chine, ni l’Inde, ni les Brésil).

Lors de la conférence sur le panorama de la cyber-sécurité du Clusif en janvier dernier, Hervé Schauer a présenté une étude de Loïs Samain, consultant de CEIS (co-organisateur du FIC) sur le sujet. Il mentionne un achat d’une faille pour prendre le contrôle d’un iPhone au prix d’un million de dollars en 2015 par l’intermédiaire du groupe « TheRealDeal ». D’autres failles permettant d’attaquer des sites d’e-commerce se négocient autour de 2 000 dollars. Des failles sur Microsoft Office valent environ 15 000 dollars. Une faille dans Flash Player vaut pour sa part 100 000 dollars. United Airlines, de son côté, propose 1 million de dollars en point miles sur ses vols pour des failles impactant son système d’information.

La recherche de failles de sécurité intéresse à la fois les services étatiques de renseignement, les grands éditeurs et opérateurs (dont les GAFA), voire désormais certaines grandes entreprises. Pour des applications sensibles, il est en effet maintenant envisageable de dépasser les tests d’intrusion réalisées jusqu’à présent et les tests automatisés réalisés par des systèmes experts.

Le modèle économique change. Le chercheur n’est plus un bénévole qui publie ses trouvailles pour la gloire. Il n’est plus non plus un spécialiste qui facture ses journées de travail pour mener des tests d’intrusion. Il vend des résultats, c’est-à-dire des failles de sécurité qu’il découvre et dont le prix est fixé par ce que l’on peut faire avec.

K-otic.com, Vupen, Zerodium…

Le site d’information sur les failles de sécurité, k-otik.com, créé par Chaouki Bekrar au début des années 2000 a laissé la place à la société Vupen en 2004, qui était basée à Montpellier. Elle s’est fait connaître par la découverte de différentes failles de sécurité. Vupen
a remporté en 2011, 2012, 2013 et 2014 le premier prix au concours de hacking Pwn2Own, en exploitant notamment en 2012 une faille de Google Chrome. Elle emporte, en 2014, 400 000 dollars de récompense. Elle arrête cependant son activité en 2014 face aux évolutions des arrangements de Wassenaar, malgré une clientèle comprenant la NSA qui lui avait permis d’ouvrir des bureaux à Annapolis dans le Maryland, aux Etats-Unis. Vupen a clôturé son dernier exercice connu sur un chiffre d’affaires de 2,918 M€uros avec un résultat net de 1,283 M€uros. Le 23 juillet 2015, les fondateurs de l’ex-Vupen créent Zerodium dont l’objectif est de faire travailler des chercheurs indépendants pour trouver des failles « 0 day » et les revendre. C’est un modèle économique de grossiste (ou broker) de failles de sécurité. On parle aussi des programmes « Bug Bounty ». Leurs débuts remonte à 1995 chez Netscape Communications Corp. Un responsable du support technique, Jarrett Ridlinghafer, a l’idée de rémunérer les personnes découvrant des bugs et des failles de sécurité. Des centaines de sociétés, surtout nord-américaines, adoptent l’approche et créent à leur tour des programmes « Bug Bounty ». On en trouve une liste sur le site http://bugsheet.com/directory


L'Arrangement de Wassenaar (de son nom complet, « l'arrangement de Wassenaar sur le contrôle des exportations d'armes conventionnelles et de biens et technologies à double usage ») est un régime multilatéral de contrôle des exportations mis en place par une quarantaine d'États afin de coordonner leurs politiques en matière d'exportations d'armements conventionnels et de biens et technologies à double usage. Il a été établi le 12 mai 1996 à Wassenaar, aux Pays-Bas, et succède au Coordinating Committee for Multilateral Export Controls.


En France, Guillaume Vassault-Houllière et Korben viennent de lancer Yes We Hack. (https://yeswehack.com/yeswehack.html?lg=fr) : Yes We Hack est une entreprise qui a un triple positionnement ambitieux, comme l’explique Guillaume Vassault-Houllière, son PDG, associé de Korben : « Yes We hack est tout d’abord un « jobboard » spécialisé sur les métiers de la sécurité, où nous ne recensons pas moins de 1 000 profils spécialisés dans la sécurité. De manière plus détaillée, nous sommes aussi le premier agrégateur de « Bug Bounty » au monde nous recensons aujourd’hui plus de 580 programmes de Bug Bounties et de programmes de disclosure. L’idée est venue du fait que les sociétés doivent faire des audits de sécurité régulièrement, et que ces audits représentent un prix élevé. Les Bugs Bounties offrent la possibilité aux sociétés d’externaliser la recherche de vulnérabilités en collectant un nombre significatif de failles de sécurité potentielles qui seront reproduites et analysées, ce afin de permettre l’amélioration du code. Avec un bon programme de Bug Bounty, une société peut faire tester la sécurité de son site ou de ses applications en continu par des centaines d’experts ».

Valoriser son CV par ses découvertes de failles

Yes We Hack a lancé la première plateforme européenne de Bug Bounty, BountyFactory.i.o. « Les entreprises qui ont des vulnérabilités s’inscrivent sur la plate-forme, et sont mises en contact avec des hackers qui trouvent les failles , et chaque chercheur qui trouve des failles peut gagner des points de compétences sur le jobboard de Yes We Hack et valoriser ainsi son CV », ajoute Guillaume Vassault-Houllière. Sans compter que le fait de trouver les failles est rémunéré, à la discrétion de l’entreprise. Cela peut atteindre, selon la criticité de la faille, des sommes parfois élevées.

Le principe paraît séduisant, mais que se passe-t-il quand un chercheur franchit la ligne jaune ? « Le système s’auto-régule », se justifie Guillaume Vassault-Houllière. « Ceux qui sont « out of scope » perdent des points de réputation et se retrouvent vite au ban de la communauté ».

Discret, et on le comprend, sur ses futurs clients, Guillaume Vassault-Houllière se montre néanmoins très confiant sur les perspectives de sa société. ■

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