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Dans le cadre du FIC (Forum Internationale sur la Cyberciminalité) qui a lieu à Lille le 31 mars et le 1er avril prochain, une visite de l´IRCGN (Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale) et du STRJD (Service Technique de Recherches Judiciaires et de Documentation), a été organisée début février au Fort de Rosny-Sous-Bois : elle a permis de faire le point sur les méthodes de recherches de la Gendarmerie Nationale en matière de lutte contre la cybercriminalité.

Le temps de la renommée

Suivant l´axiome d´un policier-médecin cher à l´IRCGN, le docteur Locard, qui prétend que « nul ne peut agir avec l´intensité que suppose l´action criminelle sans laisser des traces multiples de son passage », la police scientifique, chère aux Brigades du Tigre, connaît aujourd´hui une certaine renommée. Le Colonel de Gendarmerie François Dahoust, patron de l´IRCGN, souligne que l´action gouvernementale va en faveur « du renforcement des pouvoirs de la police scientifique ». Fort de 250 membres, avec un effectif scientifique de 202 membres, l´IRCGN peut rivaliser avec les meilleurs pays européens dans ce domaine que sont l´Allemagne et le Royaume-Uni. L´IRCGN est d´ailleurs labellisé par le Cofrac. A travers ses 20 laboratoires, parmi lesquels le laboratoire Signal Image Parole (SIP), ou encore le laboratoire criminalistique ingénierie et numérique (DCIN), l´IRCGN se situe à la pointe de la technologie. « Les moyens, nous les avons, « martèle le Colonel Dahoust. En 2009, l´IRCGN aura mené 88.125 dossiers, dont 63.302 au titre du FNAEG (Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques). 1.300 jours – experts ont été nécessaires pour mener ces enquêtes, qui sont de plus en plus techniques et de plus en plus difficiles : le Colonel Dahoust trace la tendance du travail de ses collaborateurs : « il est plus facile de polluer une enquête, par exemple en laissant de multiples traces (cheveux) qu´il sera difficile d´interpréter, que de fabriquer de fausses preuves ». En l´état actuel des choses, la coopération entre les différentes forces de police (INPS – Institut National de la Police Scientifique et DGPN – Direction Générale de la Police Nationale) se passe au mieux. Nommé en 1990, il affirme l´importance d´ »être un enquêteur qui vient du terrain et se frotte à la vraie vie ». L´IRCGN développe aussi ses collaborations scientifiques, notamment avec l´Ecole des Sciences Criminelles de Lausanne.

Un travail éreintant sur la cybercriminalité

Le lieutenant-Colonel Alain Permingeat lui a ensuite succédé pour parler du STRJD (Service Technique de Recherches Judiciaires et de Documentation). « Le STRJD centralise et exploite à Rosny-sous-Bois les informations judiciaires. Les informations, relatives aux crimes et délits ainsi qu´aux recherches de personnes et de véhicules sont transmises au STRJD par l´ensemble des unités de la Gendarmerie Nationale », décrit la plaquette du STRJD. Il existe à l´heure actuelle 4 divisions du STRJD : la division soutien judiciaire (DSJ), la division des applications judiciaires (DAJ), la division des opérations judiciaires (DOJ), et la division de lutte contre la cybercriminalité, (DLC), dirigée plus spécifiquement par le lieutenant-colonel Permingeat et qui compte 21 hommes et femmes, relayés en province par 208 N-Techs (gendarmes spécialisés dans les nouvelles technologies). Le travail de cette dernière division est proprement éreintant : il lui appartient de lutter contre toutes les fraudes sur Internet, de la pédopornographie (à laquelle un département spécial est consacré à Rosny-sous-Bois), en passant par les ventes illégales de médicaments, l´exercice illégal de la pharmacie sur internet, la vente de contrefaçons sur internet, le trafic d´animaux , etc… Des tortues des Galapagos ont été ainsi retrouvées à 1.000 euros l´animal en vente sur Internet… L´OCLCTIC (Office Central de Lutte contre la Criminalité liée aux Technologies de l´Information et de la Communication), dépendant de la Direction Centrale de la Police Judiciaire, se charge, selon les gendarmes, plus spécifiquement du piratage, des cartes bancaires et des escroqueries.

Un rôle de cyber-infiltration pour la pédopornographie


21 hommes et femmes, cela parait peu par rapport à l´ampleur de la tâche. Pourtant, les gendarmes que nous rencontrons lors de ce reportage ne se découragent pas, menant leurs enquêtes avec opiniâtreté, et un certain courage, lorsqu´il s´agit de « profiling » ou de se faire passer pour un adolescent sur internet pour piéger des pédophiles, un rôle de cyber-infiltration qui est celui entre autres de la DLC. Les hommes sont studieux, concentrés et traquent, en silence, les pédophiles. Par une exclamation, pas une plaisanterie ne filtre. Aux murs, des panneaux de l´association de lutte contre les pédophiles « Action Innocence ». « Il nous faut des enquêteurs honnêtes, curieux et persévérants » nous déclare le Lieutenant-Colonel Permingeat, « nous n´avons pas besoin de « geeks ». Nous préférons des personnes qui ont de la curiosité d´esprit, et dont Internet devient le terrain de chasse ». Ce qui n´empêche pas les gardes-fous : les personnes ainsi confrontées à la cyberdélinquance qui vise des enfants sont suivies par des psychologues régulièrement.

La DLC (Division de Lutte contre la Cybercriminalité) comprend en effet un département entier voué à la lutte contre la pédophilie et la pédopornographie. Les gendarmes, sans états d´âme, chattent « ‘sans provocation », comme leur enjoint le code de procédure pénale leur code déontologique, et endossent le rôle d´adolescents mal dans leur peau ou tout simplement naïfs à qui on propose de se déshabiller devant une caméra. Des menaces circulent aussi, comme celle de pirater l´ordinateur d´un jeune, s´il ne se caresse pas devant sa webcam… Ames sensibles s´abstenir.

Dans les moyens de recherche et de veille qui existent, un outil permet de retrouver des diffuseurs d´images pédophiles situés en France. le serveur d´origine des sites pédophiles (qui viennent le plus souvent des Etats-Unis, donc hors d´atteinte de la législation française…). « L´adresse IP et la date et l´heure de la détection sont utilisées pour requérir les fournisseurs d´accès Internet, et la signature des fichiers du site sont comparés avec le CNAIP (Centre National d´Analyse des Images de Pédopornographie) »établit le Lieutenant-Colonel Permingeat. Les images sont imprimées et jointes à la procédure.

Une banque de un million d´images


Un rapprochement avec une banque d´images permet de donner une source : sur l´écran d´un gendarme, un blondinet en maillot bleu d´une dizaine d´années sourit. Derrière lui, un décor particulier des photos de baleines. Croisée avec une banque de un million d´images, cette photo révèlera sa corrélation avec des photos de petites filles nues d´une dizaine d´années, photographiées dans le même décor.
« Le CNAIP est en relation avec INTERPOL Les bases de données de l´IRCGN sont interconnectées avec celles d´Interpol », affirme le Lieutenant-Colonel Permingeat. "Mais 20 hommes, cela reste dérisoire au regard des défis qui restent à relever dans ce domaine. Une harmonisation internationale des législations est aussi souhaitée de la part des gendarmes.

Le Capitaine Galloup nous fera ensuite visiter son laboratoire de Signal, Image et Parole : 80% de l´activité concerne l´amélioration de l´intelligibilité du signal de parole ou du bruit. Il faut faire du « débruitage » (réhaussement d´intelligibilité du signal). C´est un logiciel propriétaire, Matlab, qui est utilisé pour ce travail : la démonstration est éloquente : avant le traitement, on entend des bruits de fond et après une sirène de police. Une fois le signal traité, on entend distinctement une voix d´homme, mais, comme le dit le Capitaine Galloup, « l´échantillon vocal a une valeur probante qui reste à étudier au cas par cas n´est pas une preuve ».

La conférence se termine par la visite du d´un bus cossu, avant affecté au transport de troupes : ce bus-laboratoire, est utilisé dans le cadre de quatre missions :
- les contrôles routiers renforcés
- les rave party, avec l´identification de produits stupéfiants.
- Les opérations spéciales, comme les deux retraités assassinés dans l´Oise.
- Les crash du type Concorde.
C´est un bus équipé un tiers en PC, deux tiers en laboratoire. On peut connecter simultanément une centaine de lignes téléphoniques dans le bus. Très utile, il n´existe malheureusement qu´un seul bus de ce type dans la Gendarmerie Nationale.



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