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Nommé voici une dizaine de jours, Robert Hannigan, directeur du Governement Communications HeadQuarters (GCHQ, n’a pas perdu de temps pour faire parler de lui. Il prône un renforcement de la coopération avec les acteurs des technologies pour lutter plus efficacement contre les groupes terroristes. Sera-t-il entendu ou écouté ? Nous pouvons en douter.

Robert Hannigan, nommé le 24 octobre dernier à la tête du GCHQ, l’équivalent britannique de la NSA, n’a pas tardé à faire parler de lui. Il a publié hier une tribune dans les colonnes du Financial Times dans laquelle il pointe le rôle croissant du web et des technologies 2.0 dans la communication effectuée par les groupes terroristes et tout particulièrement Daech. Pour contrer cela, il réclame une meilleure coopération des entreprises impliquées dans les technologies de l’information. Moins de 18 mois après les révélations d’Edward Snowden et du rôle de la NSA comme du GCHQ dans les écoutes « sauvages », nous pouvons raisonnablement penser que la réaction à cette « généreuse » proposition sera plutôt mitigée.

A very brave proposal

La langue anglaise se caractérise notamment par l’art de la litote, ce que l’on nomme « l’understatement ». En l’espèce, la tribune de M. Hannigan peut s’apparenter à une « very brave proposal ». Mais ne nous y trompons-pas. Chez les Britanniques, «  a very brave proposal » ne signifie nullement une proposition très courageuse mais veut au contraire dire que celui qui l’a émise est complètement dément. Aussi, et malgré tout le respect que nous portons à l’honorable M. Hannigan, nous ne pouvons nous empêcher de croire qu’il s’agit exactement d’une « very brave proposal ». Que nous dit le sémillant directeur ? Avec force détails, il nous rappelle que Daech est le premier groupe terroriste dont les membres ont grandi avec Internet et que, conséquemment, ils exploitent les pouvoirs du web pour créer une menace djihadiste avec une portée presque globale. « Le défi pour les gouvernements et leurs agences de renseignement est immense et ne peut être relevé qu’avec une plus grande coopération avec les sociétés de technologies ». S’en suit une longue explication sur la manière dont ce groupe utilise les outils Facebook, Twitter (40 000 tweets par jour durant l’avancée vers Mossoul) ; l’utilisation de hashtags comme Ebola ou Coupe du monde pour s’insérer dans des fils de news plus importants ; il relève également le professionnalisme des vidéos et l’art de ne pas aller trop loin dans les images choquantes, notamment lors des décapitations des journalistes, afin de ne pas créer d’effets contre-productifs ; il poursuit sur la parfaite connaissance des options de sécurité, depuis le chiffrement des données jusqu’à la parcellisation des réseaux ou l’emploi de couches supplémentaires leur permettant de se labelliser « Approuvé par Snowden ».

S'impliquer dans les débats sur la vie privée

Puis vient le clou de la tribune : la volonté du GCHQ de s’impliquer dans les débats sur la protection de la « Privacy ». Nous laissons volontairement ce terme en anglais car le traduire par vie privée est réducteur. « Le GCHQ est heureux de prendre part à un débat mature sur la « privacy » à l’âge numérique. Mais la « privacy » n’a jamais été un droit absolu et le débat autour de cela ne devrait pas devenir une raison pour décaler des décisions urgentes et difficiles ».

Pourquoi pas, serions-nous tentés de dire et le ministre de l’Intérieur français qui vient de faire voter une loi en ce sens ne pourrait qu’applaudir aux suppliques de M. Hannigan ? Mais le problème est ailleurs. La méfiance croissante des utilisateurs comme des acteurs des technologies dont M. Hannigan réclame la coopération vient précisément du fait que la NSA et le GCHQ se sont largement passés de l’accord desdites sociétés pour procéder à des écoutes gigantesques dont on ne mesure pas toujours l’utilité (c’est encore une litote). Qui sème le vent, récolte la tempête, dit le proverbe et nous en sommes aujourd’hui là. Les grands acteurs de l’Internet et des technologies ont été écoutés dans les grandes largeurs sans qu’ils en soient informés et on leur demande maintenant de coopérer pour la survie de nos démocraties occidentales. « Cela devrait être un deal inscrit dans les racines des valeurs démocratiques que nous partageons. Cela signifie aborder des vérités inconfortables. Il est mieux de le faire maintenant qu’à la suite de plus grandes violences », conclut M. Hannigan. 

Sans doute, mais n’aurait-il pas mieux valu jouer cartes sur table dès le début avec ces acteurs dont on réclame aujourd’hui le retour ? Avec cette tribune, Robert Hannigan dit en filigrane que les actions menées précédemment ont été improductives et que pour pister du Facebook ou du Twitter, il vaut mieux discuter avec les représentants de Facebook et de Twitter. Si le patron des services secrets électroniques britanniques s’en rend compte, tous les espoirs sont permis.




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