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Face aux révélations des médias allemands sur les pratiques de l’agence de renseignement BND en lien avec son homologue américaine NSA, la chancelière allemande est pressée de questions et ses réponses semblent plutôt embarrassées.

Mutti va-t-elle craquer sous la pression ? Pas le genre de la dame, vous répondront ses soutiens qui louent son calme, sa force et son caractère solidement trempé. Toutefois, la patronne de la première puissance économique européenne est sur la sellette avec les révélations incessantes quant aux pratiques de la Bundesnachritchendienst (BND), l’équivalent germanique de la NSA ou de notre DCRI.

Désolé, Pardon, Scusez, Toussa

Depuis la révélation en fin de semaine dernière des écoutes commanditées par la NSA auprès de grands groupes privés et institutions françaises, Mme Merkel ne s’était pas exprimée. Elle a été obligée de le faire hier sous le flot de questions de ses rivaux et partenaires politiques. Comme le souligne notre confrère Frédéric Thérin du point.fr, son discours est plutôt alambiqué. « Si la patronne de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) estime que l'espionnage entre amis "ne devrait pas se produire", elle a aussi jugé que le BND devait "continuer à coopérer sur le plan international". "Mener à bien sa tâche face aux menaces terroristes internationales se fait en collaboration avec d'autres agences, à commencer par la NSA", a-t-elle résumé. « En clair, Berlin continuera de travailler main dans la main avec Washington », écrit Frédéric Thérin.

Le scandale progresse dans la mesure où la commission d’enquête souhaite obtenir la liste des selectors, c’est-à-dire les mots clés fournis par les Américains pour la surveillance d’entreprises européennes. Cette liste est toujours entre les mains de l’agence de renseignement qui refuse de la soumettre aux députés allemands, sans l’accord de la NSA. 

« Le gouvernement allemand ne fait rien pour clarifier la situation, au contraire. En empêchant la commission d’enquête de faire son travail, il démontre clairement sa propre implication dans ce scandale, implication toujours niée, au point où certains des responsables, comme Ronald Pofalla, l’ancien chef de la chancellerie ou Thomas de Maizière, ministre de l’Intérieur, ont déjà essayé à plusieurs reprises de déclarer ce dossier comme «clos» - en vain. La vérité est en train de se frayer son chemin, malgré les tentatives du gouvernement de faire semblant que rien de grave ne se soit passé », écrit notre confère Kai Littmann dans eurojournalist.eu. relayé par Mediapart

Le piège du ministre de l'Économie

Et l’affaire prend une tournure politique car le chef du Parti Social Démocrate et ministre de l’Économie a demandé des explications à la chancelière. Le piège tendu par Sigmar Gabriel est subtil. « Dès l'apparition des premiers soupçons, j'ai demandé à deux reprises à la chancelière (...) s'il y avait eu espionnage économique, a-t-il expliqué. Elle l'a nié, les deux fois. Je n'ai aucun doute sur le fait que la chancelière ait répondu correctement à mes questions. Si tel n'était pas le cas, si le BND avait réellement participé à de l'espionnage économique (...), cela hypothéquerait gravement la confiance que l'économie allemande a dans la conduite de l'État ».

Ce disant, il montre qu’il ne remet pas en cause la parole de Mme Merkel mais qu’il changerait radicalement d’attitude si cette dernière lui avait menti. Bref, Mme Merkel qui a déclamé la grande scène du « je suis scandalisée, je n’étais pas au courant et cela ne se produira plus » joue peut-être (d’aucuns disent assurément) la comédie et essaie par tous les moyens de sauver sa peau.

A méditer côté français

Du côté français et en plein vote sur la loi sur le Renseignement, pas ou peu de réactions, si ce n’est celle de l’ancien Premier ministre François Fillon qui s’est déclaré scandalisé et par les écoutes et surtout par l’absence de réaction allemande. « Le jour où la France s’apprête à voter la surveillance totale de son propre pays, les députés français feraient mieux de jeter un coup d’œil sur l’Allemagne pour comprendre les torts que cette surveillance totale puisse occasionner. Nous créons des monstres technologiques que plus personne n’arrive à dompter - les apprentis sorciers des services secrets du monde ont pris le pouvoir. Et nos politiques leur préparent le terrain légal pour qu’ils puissent non seulement prendre, mais surtout garder le contrôle à tout jamais », écrit encore Kai Littman. Nous ne saurions mieux dire.




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